22 juillet 2015

Beau charijarry

Ubu
Alfred Jarry | Olivier Martin-Salvan
(c) Yvan Clédat
(c) Yvan Clédat

Le Père Ubu, donc. Tel que l’a imaginé son génial et iconoclaste géniteur : lâche, traître, bête, gros, goinfre et méchant comme seul un enfant peut l’être ! Avec pour principale conseillère sa non moins délicieuse femme : la Mère Ubu, lady Macbeth de pacotille, bouffonne, manipulatrice, odieusement dégueulasse.

D’abord, le dispositif scénique : quadrifrontal, qui permet au spectateur d’être au cœur de l’action – des tapis au sol en mousse figurent un gymnase. Y trône, bien sûr, Super-Ubu, qui fait régner la terreur par l’aérobic (Véronique et Davina comme métaphore des fascismes à venir, une belle trouvaille !).

C’est très intense, très physique. Les comédiens surjouent le drame (pour notre plus grand bonheur), habillés de justaucorps qui nous feraient penser que celui de Superman a été créé par un styliste janséniste !

Olivier Martin-Salvan (metteur en scène et rôle-titre) saisit tout cela avec une alacrité salvatrice. Et une lucidité sans faille. Formidable Ubu ! Inquiétant et minable ! Bébé vagissant et cruel despote ! Hénaurme ! Et toute la troupe est au diapason ! Des tronches, des trognes ! De grands et beaux talents (et ce n’est pas, lecteur de I/O, la canicule qui nous échauffe).

La leçon de Jarry nous est joyeusement (et pleinement) restituée : refuser ces gros enfoirés, ces malotrus, ces malfaisants qui nous gouvernent ; ces Machiavel aux petits pieds qui nous baisent la gueule à longueur de jours ouvrés.

Le soir où nous avons assisté à la représentation (« Ubu » est un spectacle itinérant), nous avons fait 40 kilomètres pour voir la pièce. Cornegidouille, ce n’était rien au regard du plaisir que nous avons pris !

Oui, nous avons vécu une sacrée soirée, comme aurait pu le dire un autre (et bien triste) bouffon, mais fort heureusement passé de mode, celui-là !

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

Prochaine émission : 06/07/2026

Offre de stage

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Bernard Serf

War and Breakfast

Aujourd’hui  « War and Breakfast ». Il y a onze ans, c’était « Shopping and fucking ». On pourrait croire que Mark Ravenhill est un auteur facétieux. Et on aurait tort. C’est un auteur engagé et son théâtre nous parle de notre époque. Ou plutôt de ses failles, de ses travers, de ses fractures.
21 juillet 2017

Du beau travail !

C’est la première pièce de Rémi De Vos. Elle fut écrite en 1995. Dire qu’elle n’a pas pris une ride relève de la litote. À l’heure de la mondialisation triomphante — et heureuse, forcément heureuse ! —, aller voir cette comédie, ô combien grinçante et caustique, relève de la salvation. Car
20 juillet 2017

Le temps qui rêve

« Moi, j’adore les acteurs ! C’est chouette les acteurs ! C’est bath les acteurs ! », s’enthousiasmait Jean Gabin dans une célèbre interview.  Comme il avait raison ! Il faut d’abord voir cette pièce pour ses comédiens. Ils sont — « vieux mot », écrirait Jean-Luc Lagarce — épatants. Il faut aussi voir cette pièce pour ce qu’elle
14 juillet 2017

À l’est du nouveau

Un bassin d’eau noire, comme un miroir. Des figures hiératiques et majestueuses, éclairées de photophores,  s’y déplacent lentement en costumes blancs. Costumes blancs sur lesquels, comme un surplis, un voile de tulle de la même couleur semble danser. En fond de scène des musiciens jouent avec maestria des percussions et
8 juillet 2017

De l’or en pages

Blaise Pascal affirmait que tous nos malheurs venaient du fait que nous étions incapables de rester seuls un quart d’heure dans notre chambre. Cendrars fut-il plus malheureux qu’un autre ? Bien malin qui répondra à cette question ! Ce qui est sûr, c’est que « le plus impatient de tous les hommes » fit
21 juillet 2016