13 juillet 2015

Christophe Raynaud de Lage, la mémoire vive du Festival d’Avignon

Christophe Raynaud de Lage-portrait
Christophe Raynaud de Lage en animal nocturne pris au piège de la lumière © Aglaé Bory

Les spectacles du IN ne sont qu’une infime partie, la plus médiatisée, du Festival d’Avignon. Comment rendre compte de cette « utopie, où les rencontres révèlent la soif d’intelligence », selon les mots d’Olivier Py ? Voilà ce qui intéresse Christophe Raynaud de Lage : transmettre la mémoire de la culture en train de se vivre.

Le photographe du multiple

Avant d’être plongé dans l’obscurité d’un théâtre, Christophe apprend à photographier en jeune spéléologue. Il est initié à la photographie de spectacle par Claude Bricage, photographe professionnel, au Festival des arts de la rue d’Aurillac dès 1989. Aujourd’hui, il s’est fait une spécialité de la photographie de spectacle, en particulier du cirque contemporain. Il travaille aussi pour la Comédie-Française. De ces expériences, il adopte la vision circulaire propre à la piste de cirque. Il cherche toujours différents angles, au contraire de certains photographes qui valorisent la prise de vues au centre. Il se sent spectateur tout en jouissant d’une position privilégiée, celle du témoin. Et il veut tout nous transmettre.

Christophe a un don d’ubiquité. Il participe aux répétitions, au montage des décors, se promène en coulisses et en ville. Ses images donnent une identité au festival. Les photographies des lieux de la ville, du public pendant les représentations mais aussi à d’autres moments du festival sont aussi importantes que celles des spectacles et des artistes. En 2014, le mouvement des intermittents est sur scène. On se souviendra de la projection géante de l’image du prince de Hombourg à cheval en fond de Cour d’honneur avec le carré de tissu rouge épinglé à sa veste en signe de soutien au mouvement social. La photographie de Christophe témoigne du croisement des histoires, d’une culture vivante où le passé et le présent se parlent.

Le photographe en immersion

Pour Christophe Raynaud de Lage, le festival commence avec l’annonce de la programmation puis se poursuit avec les répétitions au plateau en Avignon. Ce sont les premières photographies prises entre deux trains. Le temps s’accélère avec l’installation en Avignon, la générale (ultime répétition), la première représentation avec le public. Le photographe officiel se doit de tout couvrir : une cinquantaine de spectacles dans une vingtaine de lieux disséminés dans la ville pendant un mois. C’est un marathon. Il dort quatre heures par nuit, sept jours sur sept. La nuit, il se terre dans un atelier et travaille sur les photos du jour : il trie, sélectionne, recadre… et transmet les images pour le site et les médias. Il enregistre 20 000 prises de vues au total (presque 1 000 par jour) ; 2 000 seront archivées par le Festival d’Avignon. Pour lui, c’est un bonheur enivrant, il se concentre sur ce qu’il aime dans son travail. Le festival est une parenthèse dans sa vie.

Christophe se décrit lui-même comme chasseur-pêcheur en introduction de son ouvrage « Intérieur de rue » (paru aux Éditions théâtrales). Ce processus qu’il a choisi l’amène à « créer la fragile synthèse et surtout… la fixer ». La captation d’une bonne image est l’issue de son travail antérieur. Le chasseur se plonge en immersion à l’intérieur du spectacle quand le pêcheur se prépare, prend ses repères, attend le moment propice.

Découvrez le portfolio du festival, une histoire en images par Christophe Raynaud de Lage : http://www.raynauddelage.com/site2015/pages/portfolios/. L’édition 2014 peut être achetée en ligne.

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