12 juillet 2015

Débordantes ritournelles

Du luxe et de l’impuissance
Jean-Luc Lagarce | Ivan Morane
Du luxe et l'impuissance
D.R.

Le magnifique texte de Jean-Luc Lagarce « Du luxe et de l’impuissance », interprété et mis en scène par la compagnie Ivan Morane, est joué au théâtre du Petit Louvre.

Latent, le thème de la pièce s’impose progressivement : le théâtre et la façon dont il appréhende les incessantes ritournelles de la vie. Si le texte renouvelle des poncifs, c’est pour que le spectateur renouvelle, quant à lui, son écoute du monde.

Le décor est planté par la seule présence d’une valise et d’un poste de maquillage. Sur le plateau, deux univers, la scène et les coulisses, se côtoient à travers un discours sur le théâtre et le monde qu’il reflète.

Seul en scène, Jean-Charles Mouveaux donne corps aux mots de Jean-Luc Lagarce, qui résonnent et font mouche. Le texte révèle, sous la forme d’aphorismes, le monde et ses impasses. Une mise en abyme saisissante et audacieuse s’y déploie, puisque le comédien endosse son propre rôle, enfile son propre costume.

Les jeux de lumière renforcent la solitude du personnage. Une lumière blanche, crue, qu’anime une silhouette longiligne, dont la chemise évoque à elle seule l’image d’une pensée qui déborde, tangue puis se libère. Tantôt assis, tantôt allongé, capitulant puis résistant, le personnage en scène se déchire, se retrouve pour mieux se perdre dans un duel mené avec et contre lui-même. Le comédien se joue, vocifère, se plaint, capitule et tente vainement de s’envisager comme un tout. Peine perdue, tout lui échappe. Les facettes du comédien, tour à tour esseulé, incompris, passionné et vivant, se mélangent, et la mélopée finale semble ramener le spectateur au début.

On quitte le spectacle désolé que l’interprète se laisse, cette fois, déborder par la puissance du texte.

I/O n°118

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Prochaine émission : 06/07/2026 en direct du Festival d'Avignon

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