20 juillet 2015

Des contrastes qui tuent

Haine des femmes
D.R.
D.R.

On l’aime. On l’a vue au OFF l’an dernier, dans « La Vie sans fards ». Astrid Bayiha est de celles qui savent conter des vies frontalement, mais avec un naturel brillant. Avec talent, elle incarne ici Rahmouna Salah, témoin et victime de la nuit du 13 juillet 2001, où, à Hassi Messaoud, dans le Sahara algérien, une centaine de femmes furent agressées violemment par des bandes d’hommes. Elle raconte au présent sa jeunesse, puis ses mariages, avec Mourad, puis Fayçal. Chance : les hommes de l’histoire sont joués par l’excellent Hammou Graïa. Qui passe du bonhomme au méprisant avec un souffle allègre. Et ne perd jamais en route l’humanité de ces figures. On suit la confrontation entre ces deux forces en présence au plateau. Plusieurs fois, Rahmouna quitte ses maris, car leurs exigences sont trop dures, et l’écrasent. Elle croit trouver un Éden à Hassi Messaoud, où beaucoup de femmes viennent faire des travaux mieux payés. Trop de femmes : la tension monte, dans l’espace public de cette ville…

Si le récit de « Haine des femmes » nous captive, il ne nous laisse hélas pas vraiment, à la fin, face à des pistes de réflexion. On aurait voulu plus de mise en perspective. L’ouvrage transposé, « Laissées pour mortes », de Nadia Kaci, aurait pu s’associer à des questions sur l’Algérie d’aujourd’hui, ses évolutions… Et le titre du spectacle aurait été plus justifié, car plus ouvert… Mais il y a l’opposition des tons. Dans le récit, l’horreur intervient après des scènes solaires. « Trop solaires ? » se dit le critique… Non, car elles donnent leur chance aux personnages présentés. Des hommes avec leur culture, qui seront échauffés, dans la ville, par un imam virulent. Du souffle, et une absence de manichéisme : oui, on se laisse porter.

Geoffrey Nabavian

Geoffrey Nabavian

Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival, les Journées cinématographiques dionysiennes. CONTACT : geoffrey.nabavian@free.fr

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