16 octobre 2015

Eun-Me Ahn fait danser la Corée

Eun-Me Ahn
DR
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La chorégraphe et performeuse sud-coréenne fait danser tous les âges de la vie à l’occasion d’une trilogie débordante d’énergie acidulée et explosive.

La jeunesse s’empare d’abord de la scène du théâtre de la Ville. Les ados ont vite fait de se défaire de leur uniforme high school au profit de vêtements plus sportswear et flashy. Ils se dépensent sans compter dans une danse formatée qui appartient à leur génération nourrie de culture pop mondialisée. Plus tard, c’est au tour d’irrésistibles mamies de profiter d’une cure de jouvence scénique sur des rythmes disco ou un tango langoureux. Élégamment apprêtées, elles jouent les divas avec exubérance et délices. À Créteil, des travailleurs d’une cinquantaine d’années enchaînent frénétiquement sous des cascades d’eau une série de courses, de sauts, de chutes et de glissades. Ils n’appartiennent pas à la société du spectacle mais sont les représentants de la vie coréenne dans toute sa diversité et s’exposent avec beaucoup d’humour et de tendresse sous le regard bienveillant de la chorégraphe.

L’enjeu est à la fois simple et essentiel : la danse appartient à tous et s’exprime partout. C’est la raison pour laquelle, caméra en main, Eun-Me Ahn a parcouru son pays à la rencontre de la population et a capté sur le vif des anonymes filmés en train de se déhancher sans complexe dans des espaces publics. Une gageure pour un peuple réputé timide et figé ! Ce geste inhabituel de proximité a donné lieu à de géniales séquences vidéo projetées pendant la représentation.

La danse d’Eun-Me Ahn fait se croiser les générations et à travers elles les cultures, les traditions, les mutations, les aspirations d’un pays. Elle est un mode d’expression de soi et de liberté, volontiers transgressif si l’on en juge par les jeux des garçons portant des jupes pailletées à déjouer les normes et les genres.

Sur un plateau blanc et ouvert, une fête sans pareille mêle des danseurs amateurs et professionnels survitaminés. Le public est aussi invité à rejoindre l’équipe sur la scène transformée en dancefloor enflammé. « La danse appelle le bonheur », dit Eun-Me Ahn ; ce n’est pas qu’une formule, c’est une réalité.

I/O n°117

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