23 juillet 2015

Je penche donc je suis

Forbidden di sporgersi
Babouillec | Marguerite Bordat | Pierre Meunier
FORBIDDEN DI SPORGERSI - D'après Algorithme Eponyme de BABOUILLEC - 
Conception : Pierre Meunier et Marguerite Bordat -
Fabrication collective -
Lumière : Bruno Goubert -
Son : Hans Kunze avec la collaboration de Géraldine Foucault -Construction machinerie : Pierre Mathiaut -
Régie générale : Jean-Marc Sabat -
Chargée de production : Claudine Bocher -
Administration : Caroline Tigeot - Avec : 
Frédéric Kunze -
Pierre Meunier -
Satchie Noro - Jean-François Pauvros - Lieu : Tinel de la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon - Ville : Avignon - Le 14 07 2015 - Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE
(c) Christophe RAYNAUD DE LAGE

Pierre Meunier a été découvert à Avignon en 1996 au Colibri, théâtre alors dirigé par Anne de Amézaga. Sa pièce inclassable « L’Homme de plein vent » évoquait un couple luttant contre la pesanteur. Comment l’homme succombe-t-il aux attractions exercées par la matière ? Ce thème traverse aussi « Forbidden di sporgersi », qui fait écho au livre de Babouillec, jeune « autiste sans paroles ».

Revêtus d’une blouse grise, Meunier et trois autres comédiens manipulent tant bien que mal d’immenses rectangles de plastique flexibles, qui ne tiennent jamais debout. C’est le début d’un ballet étrange, où les acteurs se confrontent à des objets ordinaires et insolites, détournés de leur finalité. Un serpentin de rubalise qui s’agite dans les airs. Des tubes de métal résonnants auxquels on se suspend. Une gigantesque vis infinie tombant de travers. Des câbles entortillés dans lesquels on trifouille. Une forêt de ventilateurs cloués sur une planche à roulettes, vrombissant et s’entrechoquant sous des bâches, comme les moulins de don Quichotte. Ou des moteurs dont les mouvements de tourniquet détraqué rappellent les sculptures de Tinguely… Cela crée des moments particulièrement hilarants, comme ce court-circuit provoqué par un micro défectueux. Le spectacle restitue l’attirance de l’enfance pour les objets, le vertige éprouvé pour ces machines sensibles et déglinguées. C’est une poétique de la matière : l’homme est un tuyau penchant.

L’écriture de Babouillec surgit concrètement sur le plateau. Les petits carrés de lettres qu’elle utilise pour écrire sont projetés au moyen d’un épiscope très puissant. On entend ses phrases, des lettres bleues se combinent…

Pierre Meunier a auparavant travaillé avec François Tanguy et Joël Pommerat. Le théâtre pour ces artistes est une quête du réel, une façon de réénoncer le monde. Ce spectacle singulier nous invite à reconsidérer la réalité, à en repenser les normes et les limites, pour échapper à l’uniformisation de nos vies.

I/O n°117

IO n°117

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