1 décembre 2015

John Giorno forever

I Love John Giorno
John Giorno | Ugo Rondinone
(c) André Morin
(c) André Morin

Icône de la contre-culture américaine injustement méconnu chez nous, ami de William Burroughs, amant d’Andy Warhol, John Giorno fait en ce moment l’objet d’une tentative de réhabilitation grâce à l’artiste suisse Ugo Rondinone.

John Giorno, c’est la poésie beat, l’inspiration des cut-up et du pop-art, une rythmique folle qui prend tout son sens dans le martèlement de phrases qu’on perçoit comme des mantras, signe de sa croyance bouddhiste. Un vieux et beau monsieur qui vous accueille sur 27 écrans dans la première salle de l’exposition, en costume, pieds nus et l’œil qui frise, performant son œuvre la plus dense, la plus folle et la plus belle : « Thanx 4 Nothing », splendide confession d’un homme à l’hiver de sa vie. Au palais de Tokyo, ce 18 novembre, c’était Noël avant l’heure, puisque John Giorno lui-même était présent pour performer son ode à la vie et à la mort. Il faut le voir, le souffle court mais la voix forte, répéter encore et encore « You will find your true love in the end » pour comprendre toute la puissance de Giorno.

John Giorno, c’est aussi un travail d’archiviste minutieux et titanesque, l’équivalent papier des journaux filmés de Jonas Mekas, autre figure connue des amateurs d’underground new-yorkais. Car l’intime est une composante majeure de l’œuvre de John Giorno, ce qu’a bien compris Ugo Rondinone, qui expose, aux côtés de petits films tournés par l’amant terrible Warhol où l’on voit Giorno, nu, fumer une cigarette ou faire la vaisselle, plus de 15 000 documents réunis dans des classeurs à feuilleter. Véritable plongée dans la psyché du poète, on trouve en vrac des photos de famille, des communications, des tracts publicitaires et, bien sûr, des poèmes, des poèmes et encore des poèmes. Il faut voir cette exposition, il faut aimer John Giorno, il faut lui rendre la place qu’il mérite dans l’histoire de la poésie.

Audrey Santacroce

Audrey Santacroce

Rédactrice culturelle.

I/O n°118

ANNONCE

PODCAST

Prochaine émission : 06/07/2026 en direct du Festival d'Avignon

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Audrey Santacroce

La tristesse devrait-elle durer toujours ?

Dans un spectacle qui mêle danse, théorie filmique et histoire d’amour avec autant d’intelligence que d’humour, Daphné Biiga Nwanak et Baudoin Woehl nous montre le pouvoir consolateur de l’art. C’est au détour d’une promenade sur Wikipédia que Daphné Biiga Nwanak et Baudoin Woehl découvre le nom de Maya Deren, réalisatrice,
5 mars 2024

Que la joie vienne

On connaît son travail, et pourtant on ne s’en lasse jamais. Après « Phèdre ! » et « Giselle… », François Gremaud met un point final à sa trilogie consacrée aux figures féminines mythiques de la scène avec « Carmen. ». C’est qu’on croyait bien la connaître, l’Andalouse qui fait chavirer les coeurs, tant on baille
3 novembre 2023

Play, pause, repeat

Parallèlement à « Rituel 5 : la mort » créé en tandem avec Louise Hémon, la metteuse en scène Emilie Rousset continue son travail d’exploration d’archives sonores en solo, qui convoque pêle-mêle Karajan, chef·fes d’Etat, Nina Hagen, et son propre fils. On a coutume de dire, en ricanant plus ou moins jaune
28 novembre 2022

François l’Enchanteur

On ne s’y attendait pas, et probablement que lui non plus. Il a fallu que la vie et ses aléas s’en mêlent pour que François Gremaud, jamais en reste quand il s’agit de prendre les chemins de traverse, rêve en quelques jours « Allegretto », le solo qui remplacera le spectacle initialement
16 octobre 2022

Marche ou crève

Avec sa nouvelle création qui se joue au Théâtre National de Chaillot jusqu’au 1er octobre, Oona Doherty et ses douze interprètes livrent un spectacle brûlant sur fond de fin d’un monde. Ils et elles sont aligné·es en fond de scène, au son du « Concerto numéro 2 en ut mineur » de
28 septembre 2022