15 juillet 2015

Lacoste

Le Crocodile
Dostoievski | Léo Cohen-Paperman
Le crocodile
D.R.

Dostoïevski résumera « Le Crocodile » comme « un récit véridique, sur la façon dont un monsieur, d’âge et d’aspect certains, fut avalé vivant par un crocodile, tout entier, de la tête jusqu’aux pieds, et ce qui s’ensuivit ».

Par cette simple phrase, on ne peut déjà qu’imaginer l’univers fantasque, drôle et burlesque qui s’échappe de cette nouvelle !

Le spectacle s’ouvre sur une première partie totalement absurde et décalée où les personnages évoluent dans une sorte de vaudeville loufoque. On nous dépeint un monde pittoresque où se mêlent joie, rires, emphase et couleurs criardes.

Puis les personnages découvrent peu à peu les rouages d’un monde moderne au service de l’économie et le ton s’assombrit.

Face à la découverte d’une société libérale, loin de leurs rêves et idéaux, ils vont petit à petit perdre leur excentricité et faire tomber leurs habits de couleur pour finir enchaînés aux lois du capitalisme.

En alliant une mise en scène moderne, pleine de belles idées et une traduction inédite et inventive, la Compagnie des Animaux en paradis fait résonner les mots de l’auteur avec notre époque.

On assiste donc à une remise en question profonde du capitalisme et de la société moderne en général.

Comme souvent avec Dostoïevski, le texte est ici un miroir exact du monde. Cette satire pose les bonnes questions et nous renvoie douloureusement à notre quotidien.

Dans « Le Crocodile », on perd rapidement espoir en l’homme face à sa passivité et son individualisme.

Comme il l’écrira, « plus je crois en l’homme, moins je crois à l’individu ».

Heureusement, nous sommes rapidement ravivés par cette jeune troupe vivante et électrique ! L’espoir revient vite, car n’oublions pas une chose vitale : « L’art sauvera le monde », comme le disait notre ami Fiodor !

BarthelemyFortier

BarthelemyFortier

Comédien, Paris
:-)

I/O n°117

IO n°117

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