23 juillet 2015

Le clash des Lumières

Voltaire vs Rousseau
Jean-Jacques Rousseau | Voltaire | Jérôme Bru
D.R.

Je me souviens d’une fresque en cours de philosophie : sur le modèle de la ligne de l’histoire, celle qui représente le temps en portions, nous avions la ligne des courants philosophiques, des séquences successives de la pensée. Il y avait les présocratiques, les socratiques, etc. et presque au centre de la composition, dans un jaune pâle, les Lumières. En dessous de la ligne, trois petites têtes, la sainte trinité « luxéenne » : Voltaire, Diderot, Rousseau. Ils apparaissaient toujours dans le même ordre, Voltaire et Rousseau aux extrémités. Est-ce cette mémoire-là que la pièce « Voltaire vs Rousseau » a activée ? Ou celle plus marquante d’un exercice classique qui consiste à faire dialoguer des penseurs qui ne l’auraient pas fait de leur vivant ou qui auraient appartenu à des tranches philosophiques différentes ?

Dans les deux cas, un consensus tombe après le spectacle. Deux des têtes affables qui entretenaient l’idée du progrès dans l’imaginaire de l’écolier s’étripent allégrement. Sur un canapé, assis ou couchés par terre, les deux philosophes s’échangent des amabilités. Le ton reste des plus courtois, mais une violente ironie cingle à chaque réplique. La distance se creuse entre les deux gladiateurs de la pensée. Entre eux se joue le titre honorifique du « plus éclairé des Lumières ». Une confrontation de deux frères ennemis qui se rendent coup pour coup. Chacun suit sa partition : Voltaire, riche, mondain, bon viveur ; Rousseau presque misanthrope, ermite, rêveur solitaire. Deux traditions philosophiques diamétralement opposées. Si le projet a quelques failles imputables au OFF, à cette fin de festival, aucun curieux ne rechignera à un huis clos entre Voltaire et Rousseau dont Jérôme Bru et Christophe Vic font entendre les mots.

Je me souviens d’un dîner : un convive peu accoutumé au théâtre rapportait avoir passé un bon moment, avoir aimé la diction des acteurs. « Voltaire vs Rousseau » m’a fait retrouver ce plaisir naïf, instinctif qui nous dessine un petit sourire.

I/O n°117

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