9 juillet 2015

Violente farce

À petites pierres
Gustave Akakpo | Ewlyne Guillaume
Tous droits réservés
Tous droits réservés

À dix-sept ans, on s’émoustille, on séduit, on se laisse séduire et parfois on va un peu plus loin, on devient grand, on le fait. Souvenirs naïfs et tendres. Mais goûter aux plaisirs de la chair dans un petit village du Togo, quand on est une jeune fille bien élevée, qui plus est destinée à un autre homme, cela mérite tout simplement la lapidation. Ni plus ni moins. Qui voudra d’une fille « périmée » ? L’amant, quant à lui, écopera d’une amende pour réparer l’honneur de la communauté. Gustave Akakpo, pédagogue et optimiste, traite de cette violence traditionnelle et archaïque dans un vaudeville bouffon et cocasse.

Après vingt minutes d’installation maladroite de l’intrigue, les comédiens de la compagnie Ks et Co se laissent gagner par le rythme de cette farce progressiste et définitivement nécessaire. Le texte, parfois d’une violence inouïe (« Une fille, c’est un trou avec quelque chose autour », « [Il] a pissé dans sa viande »), propulse les personnages dans des situations plus absurdes et grotesques les unes que les autres. On assiste à un mélange des genres réjouissant : voilà un jeune homme travesti en robe moulante et talons rouges, et voici une jeune femme grimée en chef religieux barbu. Le baiser les réunissant est un vrai bonheur. Dommage cependant que la justesse du jeu ne soit pas toujours au rendez-vous. Ici on se moque de tout et de tout le monde, cette pièce est un gigantesque blasphème. Akakpo, Molière des temps modernes ?

Finalement, après moult péripéties burlesques, la jeunesse réussit à retourner les esprits des vieux « sages », leur démontrant de façon didactique leur hypocrisie et leur bêtise. Tout est bien qui finit bien. Les mariages auront bien lieu, et hop, on boit tous un coup ! Clap de fin moral et utopique déroutant.

 

Léa Coffineau

Léa Coffineau

Révoltée curieuse et exigeante, toujours à la découverte de nouveaux talent.

I/O n°118

ANNONCE

PODCAST

Dernière émission en direct du Festival d'Avignon

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Léa Coffineau

Les deux pieds dans la terre

Bouleversé par la lecture de la pièce de Michel Marc Bouchard, le comédien brésilien Armando Babaioff a conjuré son ami Rodrigo Portella d’en assurer la mise en scène. Grâce aux précieux éclairages de l’auteur, Babaioff a signé une traduction de « Tom à la ferme » – en portugais, « Tom na Fazenda »
5 juin 2018

La solitude des géants

Le performeur grec Euripides Laskaridis est un bâtisseur d’images. Son dada ? Les artifices. Il joue avec son corps comme il joue avec la scène, travestissant l’un autant qu’il métamorphose l’autre. Tout ce qu’il touche est prétexte au détournement et devient vecteur de son imaginaire débordant. Après le solo bouffonesque
2 juin 2018

Je priais Dieu pour qu’il me fasse croire en lui

Fruit de plusieurs années d’écriture, de ratures et de réécriture, « La Vie utile » ficelle les interrogations et angoisses existentialistes d’Evelyne de la Chenelière, artiste multiple et unique de la scène québécoise. Pour porter ce texte aux foules et lui donner chair, l’autrice a convoqué la metteure en scène Marie Brassard,
30 mai 2018

Vis ma vie de pauvre

Dans son infatigable quête de réalité, et avec pour objet de porter la vérité de son pays sur scène, le mexicain Gabino Rodriguez a abandonné sa condition d’artiste engagé, fier représentant de la classe moyenne intellectuelle, pour s’immerger six mois durant dans le quotidien d’un ouvrier payé au salaire minimum
30 mai 2018

Toi, tes poils et puis ta bouche

Cela fait déjà trois ans que Meg Stuart, ses danseurs et ses musiciens parcourent les scènes du monde avec cette fresque charnelle aux allures de trip sous acide. C’est qu’il y a quelque chose dans la danse de la chorégraphe américaine qui vient nous chercher, quelque chose de foncièrement humain
30 mai 2018