14 juillet 2015

Lear enterré

Le Roi Lear
Olivier Py (trad.) | William Shakespeare | Olivier Py
(c) Christophe Raynaud de Lage
(c) Christophe Raynaud de Lage

Il aurait dû être jeté au fond du trou avec Lear et tous les autres, Py, à en lire les premiers retours excessivement virulents d’une partie de la presse, qui se réjouirait à jeter la dernière pelletée de terre !

Au centre de la scène, dans une symbolique appuyée comme à son habitude, Py fait littéralement disparaître le roi fou et sa bande de désaxés, animés par l’ambition, la colère, le pouvoir ou la déraison. Une fin qui s’étire, comme son spectacle, où le bouffon est poussé à l’extrême.

On reproche beaucoup au metteur en scène. Ses hommes nus ; s’indigne-t-on de la nudité dans « Les Idiots », « Soudain la nuit », « Richard III », etc. (le texte de Shakespeare lui-même montre pourtant Lear et Edgar nus) ? Sa Cordelia quasi muette ; et pourquoi ne pas accepter cette lecture utrasymbolique du refus de donner au pouvoir ce qu’il attend ? Le silence comme arme politique.

Sa réécriture vulgaire ou les excès, tant dans la mise en scène que dans la direction des comédiens, sont aussi pointés du doigt. C’est probablement là que se niche le hic. La traduction, voulue concise et percutante pour coller au rythme de l’Anglais, notamment en la modernisant, échoue dans un déclamatoire grandiloquent.

Les intentions ne sont pourtant pas inintéressantes, mais elles laissent un goût d’inachevé, de cible manquée. L’idée de personnages braillards, de folie généralisée, de dérèglements tantôt foutraques et grand-guignolesques aurait pu faire mouche. Py – malgré lui ? – met la démesure et l’outrance au service du stéréotype (Nâzim Boudjenah, Amira Casar, Jean-Damien Barbin et d’autres) plutôt qu’au service du drame qui se joue. À moins que la folie généralisée de la pièce de Shakespeare ne soit vue elle-même par Py comme un grand cirque pathétique. Peut-être.

La scénographie de Pierre-André Weitz se veut spectaculaire. On regrette pourtant une utilisation de l’espace scénique trop centrée, laissant cour et jardin totalement désertés.

Philippe Girard ? On a vu mieux, on verra bien pire. Comme ce « Roi Lear ». Calmons-nous.

Rick Panegy

Rick Panegy

Co-fondateur et rédacteur du site ricketpick.fr
@ricketpick

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Rick Panegy

Féerie potagère

Reprise trépidante et truculente de ce « Roi Carotte », l’opéra-bouffe de Jacques Offenbach déjà monté en 2015 à l’opéra de Lyon : une féerie potagère où les aventures aussi délirantes que folles sont sublimées par la réécriture du livret par Agathe Mélinand, dont le talent a été d’élever ce récit au troisième
17 décembre 2019

Mots, sons et lumières

Sur un plateau totalement recouvert de projections animées d’œuvres de Van Gogh, et habité par un accompagnement électro live permanent, Thierry Jolivet, au centre de la scène, récite le (beau) texte de Pierre Michon avec solennité et gravité excessive. L’ensemble, statique et long, peine à faire jaillir la poésie lyrique
17 décembre 2019

Anamorphose

Il y a vingt-cinq ans, en 1994, au même endroit, dans ce théâtre Garonne, Aurélien Bory n’était que spectateur. Il rencontrait l’œuvre de Mladen Materic « Le ciel est loin la terre aussi ». Le metteur en scène d’ex-Yougoslavie était alors programmé dans ce théâtre toulousain… La rencontre fut un choc pour
4 octobre 2019

Hier et demain, l’ailleurs

Ça déborde. Tout est pléthorique. Presque vertigineux. L’apaisement absent. L’épique, lui, dans ce « Sous d’autres cieux » ambitieux, se décline à tout niveau : jeu, mise en scène, décors, texte… L’aventure sans répit ni paix s’y étale partout, avec une absence de discrétion assumée à chaque recoin, les migrations et les destins
5 juillet 2019

Amour à mère

« Je veux donner à sentir l’amour. L’amour d’un être pour un autre être, on parle, ici, de la mère. On parle de la complexité de cet amour, de sa pudeur. » Voilà ce qu’Alexandra Tobelaim, qui reprend le texte de 2006 de Jean-René Lemoine, entreprend de révéler en montant la pièce
15 octobre 2018