13 juillet 2015

Les muñecas d’Hugo

Les Misérables
Karine Birgé | Marie Delhaye | Victor Hugo | Agnès Limbos
DR

Amour et révolution, le ton est donné d’entrée, Victor Hugo n’est pas trahi par les poupées de la compagnie des Karyatides, qui tombent au ralenti sous les balles sonores des forces royalistes, accompagnées dans leur chute par la musique de « Love Story ».

Les mots sont comptés et les gestes précis. Menos es más, selon le dicton espagnol, « La sobriété est la force ». C’est par surprise qu’on se voit captivé par le pouvoir d’évocation de ce délicat quatuor de poignets agiles animant des poupées hétéroclites, chinées au hasard des brocantes, preuves muettes de l’universalité de l’œuvre et de son interprétation. Et comme tous les hasards tombent juste dans cette pièce, on ne s’étonnera pas que ce soit dans la deuxième patrie d’Hugo qu’on utilise le même mot pour les poignets et les poupées – muñecas.

Il en va parfois du théâtre comme du textile : les belles pièces ne montrent pas leurs coutures. Ce qui n’est pas chose aisée lorsque le jeu se produit à deux niveaux, sur la table pivotante et aimantée des poupées, et entre les actrices qui s’activent autour. On aurait presque oublié qu’elles étaient de chair, ces actrices, jusqu’au baiser de Marius et Cosette, qui pique gentiment au flanc le spectateur qui s’est laissé envoûter par l’histoire comme un gosse.

Au demeurant, l’analogie avec l’artisanat n’est ni péjorative ni déplacée pour cette création. La narration est fluide, le décor et les jeux de lumière sont soignés, même les effets spéciaux sont réussis : comme ce tableau représentant un chemin qui s’enfonce dans une forêt dense, et qui, pivotant sur lui-même, restitue idéalement le désarroi de Javert. Bref, rien de révolutionnaire, mais on aime quand même. « On ne peut pas dire autrement, c’est de la belle ouvrage. »

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Armen Verdian

Rendre à Bourdieu ce qui lui appartient

Pensée no 1 à la sortie du spectacle : Bourdieu aurait adoré. Peut-être aurait-il considéré que le théâtre est la pierre manquante de son édifice sociologique. Parce que Pierre était lucide. Il savait que sa « Misère du monde » de 1 472 pages ne serait classée que 289e meilleure vente sur Amazon, et encore, au sein
13 juillet 2019

Body language

Quand elle entre sur scène en trimballant son corps de femme dans ses grolles d’ado, qu’elle vous accroche de ses grands yeux noirs sous le prétexte qu’il faut « faire durer » cette première impression puisque c’est celle qui compte, on se dit déjà que le spectacle ne pourra pas être complètement
17 juillet 2016

Tarzan fugueur

A l’instar de la figue, qui peut à l’occasion être mi-raisin, la fugue est un art aux visages multiples. Musicalement, elle permet la superposition de plusieurs voix d’importances égales qui se répondent à partir d’un sujet identique. Au théâtre, le genre était à inventer. La tentative de Samuel Achache, moins
21 juillet 2015
Aziz Fouaki

Parody in blue

Aziz Chouaki est un fluxeur virtuose et sensuel. Ses accords de quarte de la treizième augmentée sont bémolisés à la façon de l’Algérois qui descend les ruelles de la casbah avec une pastèque sous chaque bras, harmonisés de feuilles de menthe fraîche à l’oreille et des sciures de la menuiserie
16 juillet 2015