11 juillet 2015

Nerfs à vif

La Grande Saga de la Françafrique
Nicolas Chapoulier
Nié qui tamola / Les 3 points de suspension
Nié qui tamola / Les 3 points de suspension

Ce spectacle a le mérite de ne pas laisser indifférent (j’en suis encore toute pantoise). Jérôme Colloud se propose de nous exposer en 1 h 20 une certaine histoire des présidents de la Ve République en Afrique de 1958 à 2015. Il dénonce à grand renfort de gags les actions néocoloniales françaises, les réseaux d’influence et mécanismes politiques, économiques et militaires qui lient la France à ses anciennes colonies et à d’autres pays africains. L’affaire Elf, le génocide rwandais, l’assassinat de Sankara, tout y passe. Mais ne vous y trompez pas, c’est avant tout un one-man-show tourbillonnant et fou où l’acteur incarne tous les rôles de cette triste histoire vraie : de Gaulle, Sankara, Foccart, Sarkozy, etc. Faire rire pour faire réfléchir ou l’inverse, je ne sais pas. On se demande souvent ce qui est prétexte à quoi : burlesque au service du politique ou exploitation du politique pour faire du burlesque ? Il nous garde les yeux ouverts sur ce champ de ruines que la France a laissé. Rire mais jaune. Humour grinçant, parfois régressif. Tel un enfant tyrannique dans une aire de jeu, et sous une apparence faussement naïve, il nous « fout le nez dans notre merde ». « Est-ce qu’on a vraiment envie que ça s’arrête, tout ça ? » demande-t-il. On regrette un excès de potache, de mauvais goût assumé, d’esthétisme douteux. On apprécie l’ironie cinglante, les drôles d’aveux (« J’arrive pas à imiter Sarko, du coup je prends l’accent chinois quand je le fais, c’est une convention »). Jérôme Colloud nous met les nerfs à vif (après le spectacle, débat emporté dans la rue avec Célia, la rédactrice d’à côté), nous pousse dans nos retranchements, interroge un peu violemment nos consciences et tance férocement la France. « Est-ce que vous vous foutez de notre gueule ??? » semble-t-il demander.

Malgré nos réserves, on se dit que c’est bien que ce spectacle pédagogique existe.

I/O n°117

IO n°117

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