14 juillet 2015

Nous aussi !

J’ai de la chance
Laurence Masliah | Patrick Haggiag
J'ai de la chance
D.R.

Une grand-mère qui meurt, c’est dans l’ordre des choses, c’est tristement banal. Seulement voilà : Germaine, « Mamie-Coud » comme elle a choisi de s’appeler, était tout sauf banale !

Faut dire que la vie lui en avait réservé une bien bonne : une petite étoile, couleur soleil, tout contre son cœur. Et c’est bien sûr cela qui marquera à jamais cette vie : avoir échappé au pire, protégée dans cette maison de Moissac, miraculeusement épargnée, bénie d’un dieu qui s’était barré en vacances pour l’éternité.

Natasha, sa petite-fille, a beaucoup entendu parler de Moissac. Mais les dates, les détails, tout ce qui fait la trame d’une vie, elle l’ignore. Elle n’a jamais dit, quand il en était encore temps : « Mamie, raconte ! » Comme elle le regrette à présent !

Heureusement il reste des tiroirs, des boîtes, des cahiers, des dizaines de cahiers ! Car « Mamie-Coud » notait tout ! Comme si elle avait eu la prescience de ce fichu Alzheimer qui allait l’emporter !

Alors, Natasha va réinventer cette grand-mère, la faire revivre devant nous ! Pour nous !

Car ces cahiers sont une véritable mine ! Germaine y a consigné son amour éperdu des mots, des alexandrins. C’est même cela qui l’a sauvée, Germaine, la langue française ! Un jour qu’elle était dans un train, un SS délicat (« Oxymoron ! » nous aurait-elle dit) s’est contenté de se pencher sur le livre qu’elle lisait (un classique de notre littérature), en lui murmurant doucement : « Schön! »

Laurence Masliah nous restitue cette grand-mère disparue au plus près. C’est drôle, c’est poétique, c’est bouleversant et sans une once de pathos. La mise en scène est tout entière au service de ce texte singulier.

Cette pièce ne figure pas dans le guide du OFF. Il serait pourtant dommage qu’elle ne trouve pas son chemin !

 

I/O n°118

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