7 juillet 2015

Poésie enivrante

Ulysse nuit gravement à la santé
Marien Tillet
Ulysse nuit gravement à la santé
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Remettons les choses à leur place, trêve de niaiserie et de tradition intouchable. Ulysse n’était pas un héros mais un fourbe couard qui n’a pas hésité à sacrifier la vie de ses hommes pour échapper au Cyclope et aller se vautrer dans les bras tendus de Calypso. La belle Pénélope, de son côté, n’a raisonnablement pas pu attendre vingt ans comme une sainte le retour de son homme sans quelques pensées et écarts inavouables. Soyons clairs.

Marien Tillet offre un voyage incroyable à celui qui aura eu la curiosité de découvrir cet Ulysse. Seul sur scène derrière son micro, accompagné du guitariste virtuose Mathias Castagné, il se propose de nous conter une lecture sans fioritures ni complaisance de la célèbre « Odyssée » d’Homère. Bercés par un phrasé enivrant et un univers sonore inspirant, nous sommes embarqués sans réticence sur le navire d’Ulysse, à l’approche du pays des Cyclopes, portés par les vagues dans la brume nocturne. La connivence naturelle entre les deux artistes donne naissance à une véritable odyssée musicale, la scène de la Manufacture se fait caverne, mer périlleuse et palais d’Ithaque. L’écriture sublimée par la diction impeccable de notre conteur coule sans difficulté jusque dans nos oreilles. Marien Tillet, terriblement charismatique, se fait tour à tour inquiétant, sensuel et même érotique dans la lueur pourpre des rêves de Pénélope.

« Ulysse nuit gravement à la santé », par sa force de suggestion et sa poésie hallucinogène, nous fait le même effet qu’un roman épique : les images se succèdent dans nos imaginaires, les monstres côtoient les dieux dans cette petite salle de la Manufacture. Une évasion surprenante et revigorante dans la moiteur des îles grecques.

Échappez-vous, c’est permis.

Léa Coffineau

Léa Coffineau

Révoltée curieuse et exigeante, toujours à la découverte de nouveaux talent.

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