15 juillet 2015

Pop culture

Le Crocodile
Fiodor Dostoïevski | Lazare Herson-Macarel (adapt.) | Léo Cohen-Paperman (adapt.) | Léo Cohen-Paperman
Tous droits réservés
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La Compagnie des Animaux en paradis, composée essentiellement d’anciens élèves du CNSAD, bénéficie de la jolie vitrine de la région Champagne-Ardenne en Avignon. Léo Cohen-Paperman, directeur de la structure, et son comparse Lazare Herson-Macarel ont eu l’audace et le talent d’adapter pour la scène la nouvelle fantastique de Dostoïevski : « Le Crocodile ». Heureuse entreprise.

Parue dans la Russie de 1965, deux ans avant « Le Capital », de Marx et Engels, « Le Crocodile » n’est pas une histoire pour enfants mais une intelligente parabole des ravages de l’économie libérale et du bouleversement des priorités qu’elle engendre. « Le Crocodile » de Dostoïevski est une bête goulue et bien grasse qui ne fait qu’une bouchée du pauvre Ivan Matvéïtch. Cependant, pas question d’éventrer l’animal, attraction star du zoo de Saint-Pétersbourg, il est bien trop précieux, bien trop rentable. La vie d’un homme vaut moins qu’une pompe à fric. Le texte se fait d’une percutante actualité.

La mise en scène de Léo Cohen-Paperman, aidée par l’ingénieuse scénographie de Jean-Baptiste Bellon, sert une distribution tout aussi bien trouvée. Les comédiens de la compagnie offrent un jeu d’une rafraîchissante générosité dans un registre burlesque et résolument anachronique. Lazare Herson-Macarel, dans la peau du naïf narrateur de cette fable noire, déploie une partition impressionnante. Tour à tour témoin rationnel, puis victime et finalement suppôt de Satan, il tient son personnage d’une main de maître jusque dans les tourments de la folie.

On pourra reprocher à ce « Crocodile » de se reposer sur le talent indiscutable de ses interprètes et de n’avoir pas poussé l’exigence jusqu’à transcender le propos. La volonté de moderniser l’action a pris le pas sur le fond.

Léa Coffineau

Léa Coffineau

Révoltée curieuse et exigeante, toujours à la découverte de nouveaux talent.

I/O n°118

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