22 juillet 2015

Psychoboxing

Raging Bull
Jack Lamotta | Mathieu Létuvé

ragingbull_03©leclerc&cielatJe ne voyais dans les biographies qu’une forme déguisée de vanité. Aussi, je ne les abordais qu’avec parcimonie. La découverte de « Panama » par Eduardo Arroyo les a portées dans mon horizon de lecture. Je lis surtout celles qui sont consacrées aux sportifs, et force est de reconnaître que celles des boxeurs (Panama en était un) l’emportent sur toutes les autres. En fait de biographie de boxeur, « Raging Bull » est une œuvre archétypale, l’expression la plus aboutie d’un récit de vie d’un pugiliste ordinaire. On y retrouve « avec des bouffées délirantes » (Alexis Philonenko, spécialiste à la fois de la philosophie allemande et de la boxe) le parcours cyclique dans lequel le héros retourne à la délinquance après avoir côtoyé les étoiles. Dans « Raging Bull », les traits sont surchargés, voire téléphonés. Le récit de conversion est tissé avec de bien grosses ficelles ; l’homicide est un mensonge qui n’a d’autre but que d’illustrer la sauvagerie de Jake LaMotta, l’homme-animal, le Taureau enragé.

La compagnie Caliband s’est servie de ce matériau pour créer un spectacle de haut vol et d’une grande intelligence. Mathieu Létuvé et son équipe ont su admirablement tirer profit de la rencontre entre l’art noble et l’art du spectacle. Dans ce théâtre dance, la boxe n’est pas uniquement un sujet, elle contamine tout le dispositif scénique : nous sommes dans un duel, permanent ; la musique occupe la place de l’arbitre, elle rythme la confrontation ; les inscriptions visuelles annoncent les séquences tels des rounds. Le spectacle nous transporte dans une zone intermédiaire, à la lisière entre un match et un spectacle à part entière. La rudesse et la violence du premier sont mises en bride par l’élégance et la grâce de la danse hip-hop. Du point de vue spatial, le parti pris de la fragmentation du plateau, l’utilisation de plusieurs écrans rappellent toute l’hétérogénéité de la boxe. Nous progressons alors dans un cadre dédaléen comme si nous voyagions dans la psyché tourmentée de Jake LaMotta.

I/O n°117

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