15 juillet 2015

Réponse de Laurent Fréchuret

Quatrième mur à vendre

Il ne se passe jamais rien derrière un mur. Tout se passe quand il tombe. Étant donné le quatrième mur, il faut le faire tomber. Et raconter ce qui se passe alors entre nous. C’est une histoire que je veux raconter. Le quatrième mur n’est pas un mur, mais une fenêtre, une porte, un pont, une relation. Et dans ce miroir tous les baisers sont sur la bouche, obligatoires.

Je marche à mots couverts, dans ma Sorbonne personnelle. Je sauve ma peau dans le laboratoire de l’autre vie. Je cherche les petites îles, les fourmis, le fond de l’œil, les prés mouillés, les grandes inepties.

Le quatrième mur est une oreille dans l’Incendie, une page transparente. J’aime les histoires de chevaliers, cette idée de la loyauté dans la chevalerie. J’aime lire l’histoire sur les visages de vieillards. Je suis le spectateur éternel, l’espion, l’amateur, le terrorisé. Je suis un chœur. Je suis un chantier.

Parfois le clown vient. Un clown, c’est-à-dire un homme, une femme, un mort, un nouveau-né, un animal, une plante, une pierre. Un monstre. On marche contre le vent. On parle de la vie comique des saints, de la vie tragique des animaux. Notre marche est course au pas de joie. Notre marche est politique à l’aveuglette. Il faut chercher comme des fous les mots démolis des rêves.

Nous tombons du mur. Nous habitons le temps. Notre ignorance infuse. Nous ne savons rien mais nous ressentons beaucoup. Nous sommes les habitants. Je monte aux arbres et pleure comme au Moyen Âge. Le clown tient dans ses mains une boîte entrouverte pleine de visages. Il saigne sur commande, au baptême, à la pompe, à la Pentecôte, dans la forêt des diplomates. Il chante à tue-tête dans les toilettes. Il salue dans le jardin de Véronique. Les rides lui glissent dessus. Il est à l’étranger. Il regarde les gens passer.

Nous avons cinq mille ans et jouons le jeu des enfants. Trois murs font une chambre d’échos, une belle jambe. Le quatrième mur est à vendre.

Soyons brefs. Sourions. Au pied du mur, soyons lézards, soyons marteaux. Ce matin (puisque nouveau matin il y a) je mange une orange, et je me dis que l’orange est bien sucrée, et le monde inabouti. La solitude n’a pas d’avenir. C’est une histoire que nous allons raconter.

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