8 juillet 2015

Réponse de Thibault Amorfini

Avant d’envisager ce qui se passe derrière, j’ai demandé à un ami travaillant dans le bâtiment ce qu’il pensait de ce mur… Après que je lui ai expliqué le concept, il m’a simplement répondu comme saint Thomas : « Je ne crois que ce que je vois. »

Et si ce mur nous posait la question d’une foi singulière ? Si nous venions au théâtre dans l’espoir d’assister à un miracle, celui de s’extirper un instant du monde et de bondir hors de soi ? Une odyssée poreuse comme ce mur… Le derrière devient le devant, et l’expérience est enivrante et mystique. À la recherche du monde et de son altérité, un mur où la parole se diffracte, où le silence et l’écoute se matérialisent sous la forme d’une foule, d’une vague. Le derrière et le devant intimement liés le temps d’un spectacle, d’une représentation. Et peu importe où et qui nous sommes par rapport à ce mur : dans la salle, sur scène, spectateur, metteur en scène, comédien, ouvreur ou technicien. Chercher à se géolocaliser serait une erreur qui rendrait impossible cette invitation au rêve et au voyage…

Valère Novarina expliqua lors d’un débat (après une représentation) que l’un des miracles du théâtre n’est pas le fait que des acteurs prennent la parole sur un plateau mais que 300 personnes se taisent durant le temps de la représentation… « Je ne crois que ce que je vois », disait mon ami, et pourtant j’ai vu cet endroit si étrange où l’on vient chercher le transfert, la catharsis, des réponses et des questions. Ce lieu sacré où l’envers est caché, où les subterfuges sont le fruit de répétitions. Ce lieu où l’on appuie et charge le rideau comme une grille métallique. Et lorsque le grand drap rouge tombe définitivement sur le devant de la scène jusqu’au lendemain, nous pouvons nous poser une autre question : « Étant donné le monde, que se passe-t-il derrière ? »

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

FACEBOOK

Derniers articles de La rédaction

I/O n°117

INFOS Photographe : Beatrice HelgLégende/copyright : Rencontres d'Arles © Beatrice Helg
7 juillet 2025

Fragments d’un discours critique sur la critique

Le Cru et le Cuit (par Marie Sorbier) Dans le jargon de journaliste, on dit « couvrir » un spectacle, or, l’exercice critique, qui se situe aussi loin du journalisme que de la littérature, ne souhaite pas seulement rendre compte ni même découvrir une œuvre scénique mais bien la couvrir
3 juillet 2024

I/O n°115

Article publié dans I/O n°115.pdf INFOS Photographe : Daniel WagenerLégende/copyright : Rencontres d'Arles © Daniel Wagener. opus 5, série opus incertum, 2023. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
8 juillet 2023

Se parler plutôt que s’entretuer : le Centre des Arts de la Parole

Nous vivons dans un monde de bruit et de fureur. Un monde de rumeurs, de buzz, de bashings et de clashs. Jamais l’Humanité n’a autant pris la parole. Tout le monde s’exprime. Mais est-ce qu’on s’écoute ? Il faut voir comme on se parle : de plus en plus mal. La parole
7 juillet 2023

I/O n°114

INFOS Photographe : Celeste LeeuwenburgLégende/copyright : © Celeste Leeuwenburg. Photogramme extrait de la vidéo From What She Told Me, And How I Feel, Buenos Aires, Argentine, 2019. Avec l’aimable autorisation de l’artiste
13 juillet 2022