29 octobre 2015

Retour vers le futur

Bound
Steve Paxton
DR
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Spectateur passéiste, retiens ton souffle et assieds-toi. Tout ici est prévu pour te faire plaisir. Non non non tu ne rêves pas, c’est le jackpot : « Bound » est un solo de danse… mythique… de 1982 ! Autrement dit, oui, c’est un grand « Bound » en arrière que te propose le Festival d’automne, et avec lui le théâtre de la Ville ! Bon, et pour ceux qui ne connaissent pas, laissez-moi expliquer : c’est un peu comme si ce soir vous vous retrouviez déguisés en Marie-Antoinette en train de danser sur un live des Rolling Stones au milieu du Palace, en 1978… Un peu comme si vous vous retrouviez d’un coup à participer à LA fête légendaire à laquelle vous n’étiez pas invité. C’était mieux avant ? Eh bien non, puisque grâce au Festival d’automne, avant, c’est maintenant ! Des mécontents ? Eh bien oui, quand même. Et ils n’ont pas toujours tort. D’abord ce solo, créé par Steve Paxton à l’époque, est aujourd’hui repris par Jurij Konjar, et il a beau être excellent c’est un peu comme si le live des Rolling Stones se transformait en une reprise de la « Macarena » par Matt Pokora et qu’au bar les Bogdanoff avaient remplacé Alain Pacadis, juste histoire de dire qu’on a remis le couvert. Ça n’a plus la même saveur. Autre chose ? Oui. Encore. Car dans le fond, c’est évidemment intéressant sur un plan historique de pouvoir comprendre et voir devant soi l’origine de la rupture. L’origine de la non-danse et de notre danse d’aujourd’hui. Le cœur de la danse contact. Mais dans ce cas la performance ne s’adresse qu’aux connaisseurs. Qu’à ceux qui savent qui ils ont devant eux, qui ont conscience de l’histoire de la discipline et qui maîtrisent les codes. Et alors cela devient un entre-soi hermétiquement fermé au spectateur lambda qui ne sait pas, et donc ne comprend pas. Et à la rigueur tant mieux pour lui, car hier n’est plus, et certains d’entre nous ont la chance de savoir vivre dans le présent.

Jean-Christophe Brianchon

Jean-Christophe Brianchon

Journaliste à France Culture, Grazia, Théâtre(s) Magazine.

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