1 décembre 2015

Rodrigo García, plus déprimé que remonté

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Rodrigo Garcia
DR
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Dans la tourmente d’un mandat contesté à la tête du CDN de Montpellier, qu’il s’est pourtant acharné à réinventer, d’un procès qui a vu les Solitaires intempestifs et le théâtre du Rond-Point poursuivis en justice pour avoir édité et montré sa pièce « Golgota Picnic », Rodrigo García présente sa nouvelle création, aussi attendue que décevante. On aurait rêvé d’une réponse implacable et cinglante à tous ses détracteurs, qui injustement, médiocrement, l’attaquent de toute part, à ceux qui préfèrent la tiédeur molle à sa radicale audace. Mais non. L’adversité a-t-elle eu raison de García ? La pièce n’a pas l’impact de ses grands titres, comme « Et balancez mes cendres sur Mickey ». Le dramaturge semble replié sur lui-même, donnant l’impression de s’enfermer dans un réflexe sécuritaire. Il cède à la redite, à la répétition de ses obsessions, mais cette fois avec une perte considérable d’enjeux significatifs tant tout semble banal, ennuyeux, confiné, épuisé.

La conclusion de ces séquences décousues et peu intéressantes sonne comme un glas : García déclare de façon péremptoire les « funérailles de la beauté ». En effet, de la beauté, il y en a peu dans son spectacle, pas plus qu’on n’y trouve cette poésie écorchée, ce sens génial de l’humour et de la provocation qui lui appartiennent. À la place, certes, la présence drôle et insolite de volailles en baskets hype, mais surtout des sommets d’aigreur, de suffisance et de vulgarité. Pour que le poulailler soit complet, on compte aussi des dindes en la personne de deux pauvres gamines perchées sur hauts talons et habillées comme des poufs ou de jeunes spectatrices invitées sur scène à danser la cumbia. Pire qu’au Club Med ! Rodrigo García délivre tout ce qu’il honnit, c’est-à-dire l’obscène et illusoire divertissement de la société de consommation qui sature et pollue déjà assez. Seule fulgurance, une belle et savonneuse étreinte sur l’« Adagio » de la « Quatrième symphonie » de Beethoven, où l’on retrouve García dans toute la puissance organique de son geste artistique habituellement électrisant.

I/O n°117

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