9 juillet 2015

Le souffle léger de la pudeur

Réparer les vivants
Maylis de Kerangal | Benjamin Guillard
© Aglaé Bory
© Aglaé Bory

Maylis de Kerangal a remporté le prix Médicis en 2010 avec un bel ouvrage, « Naissance d’un pont » ; en 2014, « Réparer les vivants » a reçu, à son tour, de nombreuses récompenses ; ce qui est largement mérité, car cet ouvrage, histoire d’une transplantation cardiaque en tout juste vingt-quatre heures, est d’une belle facture, développe une histoire qui peut toucher toutes et tous, est écrit avec générosité et sans pathos.

Simon, dix-neuf ans, blessé à la tête au cours d’un accident de voiture au retour d’une session de surf au petit matin, est déclaré en état de mort cérébrale. Ses parents ayant autorisé le don d’organes, le récit suit alors le parcours de son cœur et les étapes de sa transplantation.

Le spectacle qu’en a adapté Emmanuel Noblet respecte parfaitement toutes les qualités du récit : destiné à un large public, il raconte cette histoire avec force et pudeur, et surtout sans dramatisme, ce qui est sans doute la première qualité de son travail.

Le découpage qu’il a réalisé est théâtral, parfaitement rythmé et respecte les différents personnages du roman. Il les interprète d’ailleurs presque tous, seul en scène, dialoguant seulement parfois avec des voix off.

Son jeu est précis, souple ; il a trouvé la sensibilité de chacun des personnages – et ils n’en manquent pas. Il sait parfaitement faire exister ces différents protagonistes auxquels Maylis de Kerangal a eu l’extrême finesse de donner une grande légèreté ; la légèreté du quotidien, sachant ainsi leur rendre une existence propre, que l’on oublie trop lorsqu’on ne les rencontre que dans l’exercice de leurs métiers.

Dans ce bel espace de la Condition des soies, sorte de Bouffes du Nord avignonnais, Emmanuel Noblet a su globalement donner la première place aux mots, ce qui est légitime lorsqu’on adapte un grand auteur, mais suffisamment rare au théâtre aujourd’hui pour que le fait soit souligné avec admiration.

En revanche, en dehors de l’apparition régulière de l’heure d’un réveil qui marque le passage du temps au cours de ce drame, et peut-être de quelques phrases (qui auraient même sans doute pu être dites), la vidéo non seulement est totalement inutile, mais elle dessert même l’excellent travail de l’acteur par une redondance qui parfois le fait disparaître. D’une façon générale, le travail de la technique est un peu surabondant par rapport au propos, à la sobriété de la scénographie et à la belle présence de cet acteur. Le travail de la lumière – juste et précis par ailleurs – mériterait d’être simplifié. Globalement, ce spectacle gagnerait à faire moins monstration de technologie au profit de la concentration sur le texte et le comédien. Puisqu’il s’agit de la même personne – Emmanuel Noblet –, risquons ce trait : le metteur en scène doit désormais faire plus confiance au comédien !

Par les problématiques humaines (puisque liées à la vie ET à la mort) que ce roman soulève, et que ce spectacle transmet avec talent, il convient d’aller découvrir ce travail généreux.

I/O n°117

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