17 juillet 2015

Tarkos foutraque

Je n’ai pas de nom
Christophe Tarkos | Soumette Ahmed
je n'ai pas de nom
©-Comoriano

La poésie de Christophe Tarkos, lancinante, masticatoire et maïeutique, se prête particulièrement bien à sa récitation et sa mise en espace. Le travail de Soumette Ahmed, soutenu par le Centre de création artistique et culturel des Comores, donnait envie d’être découvert avec un mélange de curiosité et de bienveillance.

Le début du spectacle fait entendre les mots dans une ferveur réjouissante, alternance calculée de précipitation et de lenteur. Amateur ou non des textes de Tarkos, on ne peut qu’être séduit par la vitalité et le ludisme de Soumette, offrant son corps et sa voix à toutes les métamorphoses.

Mais « Je n’ai pas de nom » trouve vite ses limites. Tourbillonnant comme un cyclone juvénile, naïf et insoumis, le conteur s’épuise de saynète en saynète, d’objet en objet (balles de jonglage, papiers décrochés du plafond, toile blanche à tagger…) au cœur d’un dispositif aussi exubérant que foutraque.

L’ensemble repose sur une juxtaposition désorganisée d’extraits sonores (que vient faire là le « Papaoutai » de Stromae, rugissant soudain dans nos oreilles, et son invitation incompréhensible à franchir le quatrième mur ?), de gestes fragmentés et de grimaces expressives.

Problème typique d’un spectacle entièrement conçu par son comédien, certes dirigé dans le jeu par son partenaire Thomas Bréant, mais sans la distanciation nécessaire apportée par une véritable mise en scène, qui aurait dû être construite autour d’un projet plus cohérent et amenant réellement quelque part.

Mais parce qu’on ressent le besoin de soutenir tout à la fois la poésie régénératrice de Tarkos, l’enthousiasme solaire de Soumette et la francophonie, on restera sur l’envie de partager la contagion de bonne humeur et d’engagement de sa petite équipe. Défendons aujourd’hui « leur force vive et leur énergie fraîche » ! Le chantier reste ouvert… Espérons qu’il donne, à l’avenir, des fruits plus savoureux que ce spectacle en demi-teinte.

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

Offre de stage

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Mathias Daval

Alcid aminé

Dans la longue histoire de la consanguinité entre mythes antiques et théâtre, tout semble avoir été exploré, du vertige narratif du récit épique à l’ontologie du désespoir du drame psychique. Et puis il y a, comme « Herkül » de Cyril Balny, des tentatives formelles, bancales mais audacieuses, de reconstruire un imaginaire
8 novembre 2025

Spiel ou face

Du 23 au 26 octobre 2025, le centre d’exposition de Messe Essen, près de Cologne, s’est comme chaque année transformé en espace-temps entièrement dédié aux jeux de société. Un microcosme aussi bariolé qu’ultra-commercial. Avec près de 80 000 mètres carrés et 1 000 exposants de 55 pays réunis pendant quatre
3 novembre 2025

Jouer est politique

« Ce livre n’est pas une publication universitaire. C’est un appel à se réapproprier le jeu de société avec responsabilité, en pleine conscience de son impact et de son potentiel ». Force est de constater que le jeu de société n’a pas encore atteint sa phase de maturité comme objet
30 octobre 2025

This is an experience

« Le Périmètre de Denver », précédente création de Vimala Pons, nous avait laissé avec une sensation d’esquive de toute herméneutique de surplomb, de toute tentative de figer un sens définitif, au profit d’une forme poétique et polysémique. « Honda Romance » suit le même sillon, avec un résultat scénique à la fois plus
19 octobre 2025

Vue du pont

Puisque ce sont les mots qui importent, comment parler de Sirāt, le road movie électro et sous ecsta dans le désert marocain d’Oliver Laxe si ce n’est en disant quelque chose du mot arabe sirāt, qui signifie le chemin, la voie, la route, et à vrai dire pas n’importe quelle
16 octobre 2025