19 juillet 2015

Les travailleurs de l’ombre

La lumière
Fabrice Sabre
Exposition Fabrice Sabre
Exposition Fabrice Sabre

Fabrice Sabre appelle à une exploration des dessous. Une invitation à effleurer le prosaïque de façon poétique. Comme quand Robert Lepage fait saluer avec ses comédiens les 40 techniciens nécessaires à son spectacle, c’est une mise en lumière des travailleurs de l’ombre qu’offre aux festivaliers cette exposition de photographies en noir et blanc. Exposition ? Non. Installation ? Pourquoi pas… La forme est primordiale, car elle plonge sensoriellement le visiteur dans le monde du sous-sol, le moment d’avant où la création n’est pas encore possible. Des centaines de visages, de bras, de mains et d’intelligences se découvrent, doucement, à la lueur d’une lampe frontale. Enveloppés par le son métallique du travail, la découverte des coulisses se fait au hasard de son halo de lumière. Ces centaines d’inconnus permettent aux festivaliers de s’asseoir dans la cour ou à (feu ?) Boulbon, réalisent les rêves les plus audacieux des metteurs en scène et répondent aux normes les plus contraignantes des commissions de sécurité. Pourtant, nous ne connaissons pas leur nom et souvent nous oublions jusqu’à leur existence. Eux, ils oublient l’obscurité quelques secondes et s’y réfugient une fois votre chemin passé. Le sculpteur dit souvent que la forme est dans le bloc et que son travail consiste à la faire jaillir, à la retrouver. C’est dans ce geste que le photographe Fabrice Sabre accompagne le festivalier : sculpter l’obscurité pour s’approcher du préexistant, prendre conscience des énergies multiples en œuvre autour d’une création. Au fond de la pyramide, l’explorateur scrute et déchiffre un monde inconnu et, il le sait, fondateur du sien.

Marie Sorbier

Marie Sorbier

Fondatrice et rédactrice en chef de I/O.
Critique et journaliste sur France Culture.

I/O n°118

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