12 juillet 2015
par

Un coup dans le cœur

Braises
Catherine Verlaguet | Philippe Boronad
© francesca torracchi
© francesca torracchi

« Braises » se joue à la Patinoire, lieu annexe de la Manufacture. Le feu et la glace. J’aime à croire que c’est d’ironies comme celle-ci que naissent les plus grands moments. Et « Braises » ne fait pas exception.

Nous sommes plongés au cœur d’une famille maghrébine, dans une cité française. Deux sœurs, une mère. Toutes trois enchaînées à des traditions dans un pays qui prône la liberté jusqu’à l’inculquer à l’école. Mais à l’âge des premiers émois, le désir des deux lycéennes les brûle de l’intérieur. Leila, la plus jeune, l’étouffe, pendant que sa sœur Neïma va ouvrir son cœur et plonger la famille dans le drame…

À quoi ça sert d’apprendre la contraception quand on ne vit pas dans le même monde que ses camarades de classe ? « Braises » interroge sur le clash des cultures et l’oppression invisible des femmes. Le texte poignant de Catherine Verlaguet est magnifiquement porté à la scène par Philippe Boronad. Derrière les trois femmes, un mur immense rappelant une tapisserie d’appartement. Un mur oriental, imposant. Sur la scène sombre, un miroir, un canapé mais surtout trois comédiennes bouleversantes. Aïni Iften est une mère fantôme, qui ressasse sa vie et observe de façon inanimée ce qui l’entoure. Dans ses yeux, le choc. Le choc de ne pas avoir su protéger ses filles. Le choc de l’incompréhension. Manon Allouch (Neïma) est troublante en jeune fille en mal d’émancipation. Son apparition nous interpelle et nous fait craindre le pire. Mais la révélation de cette pièce coup de poing, c’est Leïla Anis. Elle a un jeu physique. Une injustice dans tout son corps, de ses poings serrés à sa mâchoire, prison d’un secret qui s’embrase. Dans sa robe légère de mariée, elle nous paralyse.

« Braises » est un cri de femmes. Un chant douloureux. Un coup dans le cœur qu’il ne faut pas manquer. Le travail est minutieux, beau et saisissant.

Gladscope

Gladscope

Droguée. Au théâtre, à Lui, à Elle, à Twitter. Organisatrice des GladParty pour partager le virus. On s'y voit ?

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Gladscope

Réponse de Lilian Lloyd

Quel est ce quatrième mur dont on nous parle tant ? Peut-être simplement un petit mensonge que nous partageons. Les spectateurs se savent dans une salle de théâtre. Les comédiens se savent sur scène et connaissent leur texte (enfin, on espère !). Les régisseurs ont leur conduite devant les yeux et connaissent
21 juillet 2015

Langue frontale

« Le monde se divise en deux parties égales, ceux qui ont perdu leur mère et ceux qui vont avoir mal de la perdre. » Mohamed El Khatib voulait écrire un texte à partir d’entretiens réalisés avec sa mère. Le 20 février 2012, la mort interrompt tout. C’est à partir de ses enregistrements
18 juillet 2015

Une comédie sociale al dente !

Après « La Naïve », « Rappelle-toi » et « Dans les chaussures d’un autre », Fabio Marra nous délecte une nouvelle fois d’une comédie sociale succulente dont lui seul a le secret. « Ensemble » nous invite à suivre Sandra, qui revient dans son foyer familial après de longues années d’absence. Elle y retrouve sa mère et
11 juillet 2015
Sur la page Wikipédia de Michel Drucker il est écrit que ce dernier est né un douze septembre à Vire

Un canapé rouge

Le titre à rallonge du spectacle interpelle. Il nous fait même sourire dès la première lecture. Alors on se demande : quel propos se cache derrière ce titre si curieux ? Le pitch annonce l’histoire d’un « petit-acteur-de-province » qui fantasme le canapé rouge de Michel Drucker pour que son métier soit enfin reconnu
6 juillet 2015