1 décembre 2015

Walmart 1 – Bach 0

Super Premium Soft Double Vanilla Rich
Toshiki Okada
(c) Christian Kleiner
(c) Christian Kleiner

« Et vivre était sublime. » Oui. VIVRE ÉTAIT SUBLIME ! Malheureusement tout aussi imparfait que l’indicatif de cette conjugaison, notre aujourd’hui ne nous permettrait plus de conjuguer au présent autre chose que l’annonce des malheurs qui s’amoncellent. Angoisse. Nicolas Rey avait raison ?! Pour Toshiki Okada, pas de doute. Seule consolation alors : l’hier. L’hier qui rôde dans les allées de ce supermarché japonais où résonne ce qu’il reste du « Clavier bien tempéré » de Bach, après massacre par les zombies capitalistes qui le fréquentent. Car le message est clair : il n’y a plus d’espoir possible en cette chaire robotique ensommeillée au beau milieu d’une scène apothéotique, image d’un monde aussi prodigieux par le passé qu’il est aujourd’hui désespéré. Un peu court. Parce que oui, comme Okada ceux qui peuvent se payer le luxe du temps d’y réfléchir déplorent que nos supermarchés ouverts 24 heures/24 soient aujourd’hui les dernières lueurs d’espoir et de lumière au beau milieu de cette nuit qui étouffe nos jours. Comme Okada, nous nous souhaitions mieux que cela. Mais, aussi habile que puisse être la proposition, cette poétisation sordide de nos gestes robotisés ne suffit pourtant pas à convaincre de la réalité de l’impasse dans laquelle le metteur en scène enterre notre monde. « Résistance ». Un mot qui existe dans les consciences et les gestes de certains. Même les employés de nos supermarchés y songent. Tout foutre en l’air, faire preuve d’audace, c’est possible, même au théâtre. Okada lui-même le sait d’ailleurs, quand il met fin au spectacle de cet aujourd’hui atterrant par cette si jolie question : « Vous ne pouvez pas. Ça veut dire quoi ? » Rien. Rien. Trois fois rien.

Jean-Christophe Brianchon

Jean-Christophe Brianchon

Journaliste à France Culture, Grazia, Théâtre(s) Magazine.

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