13 juillet 2015

Zombieland

El Syndrome
Ecriture collective | Sergio Boris
© Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage

C’est une chance insolente qu’ont eue les élèves comédiens de l’Estba d’être envoyés tout un mois en immersion à Buenos Aires auprès du metteur en scène et dramaturge autochtone Sergio Boris.

En chef de troupe, Boris s’est tout simplement inspiré de la situation de ces étudiants exilés comme base de travail. Voilà quatorze jeunes gens ondulant dans une cabane de Robinson aux faux airs de palace, foulant le sol de leurs démarches molles à travers les ordures et autres broussailles parfaitement bien disposées. Colo d’enfants sauvages séparés de leur terre d’origine, coincés là dans la forêt tropicale, touchés par un mal étrange qui les coupe du monde et de leur langue maternelle. Ils sont beaux, ces apprentis comédiens. Ils sont bien trop beaux, bien trop artistiquement crasseux pour être crédibles. Jeans déchirés et cheveux crêpés, les enfants perdus sont ici des créatures sublimes de papier glacé en plein défilé pour la nouvelle collection « jungle chic ». Nous assistons à une déambulation sans but, sans adresse et sans fond, terriblement égocentrique et creuse. On parle de poulet pourri et de clopes entre deux gorgées de bière et trois traînées de poussière. Le non-spectacle tourne à la démonstration de talents grotesque : l’une grattouille une guitare, l’autre fait gémir son violon, une autre encore improvise une roulade contemporaine informe. À mi-parcours de cette heure perdue, on espère que la flopée de spectateurs se dirigeant vers la porte de sortie va provoquer chez nos jeunes artistes l’envie d’être sur scène. Mais non.

Sergio Boris s’est laissé happer par les affres de la fascination pour la jeunesse, pour la beauté de la jeunesse, les jolies jambes et les torses bombés. Sordide.

Léa Coffineau

Léa Coffineau

Révoltée curieuse et exigeante, toujours à la découverte de nouveaux talent.

I/O n°118

ANNONCE

PODCAST

Prochaine émission : 06/07/2026 en direct du Festival d'Avignon

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Léa Coffineau

Les deux pieds dans la terre

Bouleversé par la lecture de la pièce de Michel Marc Bouchard, le comédien brésilien Armando Babaioff a conjuré son ami Rodrigo Portella d’en assurer la mise en scène. Grâce aux précieux éclairages de l’auteur, Babaioff a signé une traduction de « Tom à la ferme » – en portugais, « Tom na Fazenda »
5 juin 2018

La solitude des géants

Le performeur grec Euripides Laskaridis est un bâtisseur d’images. Son dada ? Les artifices. Il joue avec son corps comme il joue avec la scène, travestissant l’un autant qu’il métamorphose l’autre. Tout ce qu’il touche est prétexte au détournement et devient vecteur de son imaginaire débordant. Après le solo bouffonesque
2 juin 2018

Je priais Dieu pour qu’il me fasse croire en lui

Fruit de plusieurs années d’écriture, de ratures et de réécriture, « La Vie utile » ficelle les interrogations et angoisses existentialistes d’Evelyne de la Chenelière, artiste multiple et unique de la scène québécoise. Pour porter ce texte aux foules et lui donner chair, l’autrice a convoqué la metteure en scène Marie Brassard,
30 mai 2018

Vis ma vie de pauvre

Dans son infatigable quête de réalité, et avec pour objet de porter la vérité de son pays sur scène, le mexicain Gabino Rodriguez a abandonné sa condition d’artiste engagé, fier représentant de la classe moyenne intellectuelle, pour s’immerger six mois durant dans le quotidien d’un ouvrier payé au salaire minimum
30 mai 2018

Toi, tes poils et puis ta bouche

Cela fait déjà trois ans que Meg Stuart, ses danseurs et ses musiciens parcourent les scènes du monde avec cette fresque charnelle aux allures de trip sous acide. C’est qu’il y a quelque chose dans la danse de la chorégraphe américaine qui vient nous chercher, quelque chose de foncièrement humain
30 mai 2018