22 février 2016

Zygel, Dessay et le naufrage de « L’Ecume des jours »

L'Ecume des jours
Boris Vian | Jean-François Zygel
DR
DR

Jean-François Zygel propose au Châtelet un cycle de spectacles musicaux adaptant des œuvres littéraires célèbres.

Ce samedi 20 février, la première en date, « L’Ecume des jours », promettait d’être casse-gueule, tant le roman est une chausse-trappe sur lequel plus d’un se sont cassé les dents (Gondry en tête, dans sa version cinématographique).

Côté ratage, on n’a pas été déçu : Zygel livre ici une proposition bâclée, un véritable non-sens artistique qui a dû remuer le cadavre de Vian dans sa tombe. Jugeons plutôt : les deux-tiers consacrés à une lecture soporifique du texte, effectuée non pas, passerait encore, par des comédiens, mais par le trio de chanteurs ; un maigre répertoire de Vian (3 ou 4 chansons) dont les interprètes n’avaient pas appris les paroles (voir Natalie Dessay tenir à la main une feuille de papier sur le devant de la scène du Châtelet, alors qu’elle n’avait en tout et pour tout que deux morceaux à connaître, restera un mémorable moment d’amateurisme grotesque) ; et le dit Zygel, entre deux interventions pianistiques doucereuses, se tourne vers le public en faisant semblant de lire un livre de poche qu’on imagine être « L’Ecume ». Voilà, voilà.

Seules à sauver du naufrage, les interventions d’un trio de jazzmen menés par le talentueux et avant-gardiste Médéric Collignon, dont on se demande ce qu’il est allé faire dans cette galère.

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

I/O n°118

ANNONCE

PODCAST

Prochaine émission : 06/07/2026 en direct du Festival d'Avignon

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Mathias Daval

Critique masquée

La critique de la critique est un exercice passionnant auquel devrait s’adonner, avec davantage de consistance, les critiques professionnels eux-mêmes dont l’humilité est, faut-il bien le reconnaître, rarement le trait distinctif (à leur décharge pourra-t-on dire que c’est rarement ce que leurs lecteurs ou leurs auditeurs leur demandent). La septuagénaire
9 juillet 2026

Front to Bach

On est déjà familier, chez Anne Teresa de Keersmaeker parmi tant d’autres, de l’utilisation de la musique de Bach, et plus particulièrement des Suites pour violoncelle, comme exhausseur du mouvement qui advient sur scène. Ici, grâce à une hybridation technologique, c’est un peu l’inverse qui opère : chaque spectateur, muni d’un
9 juillet 2026

À moi, comte, deux mots

On ne connaît pas grand-chose de la vie d’Isidore Ducasse, à commencer par ce pseudonyme de « comte de Lautréamont » que l’on suppose inspiré par un roman d’Eugène Sue. Partout où on le cherche, il se dérobe, jusqu’à sa mort dont la cause n’a jamais été clairement établie. Hapax
7 juillet 2026

Outrage au public

Après s’être emparés de thèmes politiques comme l’écologie (World Without Us et Are we not drawn onward to new erA), la finance internationale (£¥€$, présenté dans le « in » en 2019) ou encore la philosophie morale (T.M.), Alexander Devriendt et la compagnie Ontroerend Goed délaissent le champ politique pour un projet
7 juillet 2026

Alcid aminé

Dans la longue histoire de la consanguinité entre mythes antiques et théâtre, tout semble avoir été exploré, du vertige narratif du récit épique à l’ontologie du désespoir du drame psychique. Et puis il y a, comme « Herkül » de Cyril Balny, des tentatives formelles, bancales mais audacieuses, de reconstruire un imaginaire
8 novembre 2025