31 janvier 2016

A Saint-Denis, on s’ennuie sec

Roberto Zucco
Bernard-Marie Koltès | Richard Brunel
(c) Jean-Louis Fernandez
(c) Jean-Louis Fernandez

Question : confier un premier rôle de l’envergure de Roberto Zucco à Pio Marmaï, vedette de cinéma pourtant formé au théâtre, était-il une bonne idée ? Réponse : pas sûr. Malgré des mines de chats et une agilité folle dans un début prometteur, la pièce s’enlise rapidement et l’espoir qu’on y avait placé s’effondre. Bernard-Marie Koltès est peu gâté en ce début d’année, après un « Retour au désert » décevant au Théâtre de la Ville.

Phénomène étrange, on se rend compte assez vite que quelque chose cloche, mais on n’arrive pas à identifier quoi. Est-ce le jeu des acteurs, bourré de tics qui parasitent la compréhension de la pièce ? La scénographie, ultra sombre ? Roberto, petite frappe, assassin, ange des maudits, a pourtant de belles fulgurances qui sauvent un peu le spectacle. C’est dommage car on en attendait beaucoup. Et comme souvent lorsqu’un acteur de cinéma s’aventure au théâtre, on est déçus. On l’a pourtant bien souvent répété : le théâtre et le cinéma, ce n’est pas le même métier. On aurait voulu aimer Pio Marmaï. On aurait voulu crier bravo avec les autres spectateurs. Et pourtant.

Et puis il y a Thibault Vinçon et Noémie Delevay-Ressiguier. Elle, la gamine qui a trop vite poussé, mal à l’aise dans son corps de femme qu’elle revendique autant qu’elle essaye de cacher dans son t-shirt trop court qui dévoile son ventre et sur lequel elle n’arrête pas de tirer. La forte tête. La seule capable d’en remontrer à Roberto. Lui, le grand frère, vague escroc en jogging, nuque rasée et mouvements vifs de grand nerveux qui a un truc à se reprocher. Bien sûr, Thibault Vinçon est moins connu que Pio Marmaï. Bien sûr, ça n’est pas son nom qui va remplir le Théâtre Gérard Philipe. Et pourtant, la révélation masculine de la pièce, c’est lui. Exit Roberto le beau gosse qui gonfle ses muscles, qui se déshabille, qui manque de finesse dans la direction d’acteur. Oublié le décor aux airs d’opéra, ingénieux mais trop ambitieux, peut-être. Quand ces deux-là apparaissent, on oublie les défauts de la pièce. Et ça, c’est suffisamment rare pour mériter d’être souligné.

Audrey Santacroce

Audrey Santacroce

Rédactrice culturelle.

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