13 juillet 2016

Au nom du fil

L’Institut Benjamenta
d'après Robert Walser | Bérangère Vantusso
L INSTITUT BENJAMENTA - D apres Robert WALSER - Adaptation : Bérangère VANTUSSO et Pierre Yves CHAPALAIN - Mise en scène : Bérangère VANTUSSO - Collaboration artistique et scénographie : Marguerite  BORDAT - Collaboratrice mouvements : Stéfany GANACHAUD - Musique : Arnaud PAQUOTTE - Lumières : Jean-Yves COURCOUX - Costumes : Sara BARTESAGHI GALLO - Marionnettes : Marguerite BODART - Einat LANDAIS - Cerise  GUYON - Carole ALLEMAND - Michel OZERAY - Perruques : Nathalie REGIOR, Déborah BOUCHER - Avec : Boris ALESTCHENKOFF - Pierre Yves CHAPALAIN - Anne DUPAGNE - Guillaume GILLIET - Christophe HANON - Philippe RICHARD - Philippe RODRIGUEZ JORDA - Dans le cadre du 70eme Festival d Avignon - Lieu : Gymnase St Joseph - Ville : Avignon - Le : 07 07 16 - Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE
(c)  Christophe RAYNAUD DE LAGE

Certains spectacles produisent un effet étrange et paradoxal lorsqu’on en revisite le souvenir : il est possible d’en énumérer aisément de multiples aspects plaisants, voire franchement réussis, et pourtant le tout formé laisse un sentiment d’inabouti. « L’Institut Benjamenta » est de ceux-là. De belles images, des idées intéressantes servies par des acteurs/manipulateurs talentueux, et pourtant… Commençons par le meilleur. Le mélange des marionnettes et des comédiens se prête ici à d’abondantes métaphores plutôt joliment amenées : qui parle quand je dis « je » ? Quelle part du père, du maître, de la société, du Zeitgeist… s’exprime à travers mes lèvres et mes jugements ? L’Institut Benjamenta, tel un cloître aux règles strictes coupé du monde, ne libère-t-il pas en vidant le désir ? Ou n’est-il qu’une usine de reproduction sociale apte à cloner à l’infini des hommes sans qualité ? Marionnette sans fils et fils sans père s’entrechoquent… Bérangère Vantusso nous entraîne dans une hétérotopie plastiquement très réussie, sujets et objets s’y déploient dans une chorégraphie habilement réglée… sans que malheureusement nous nous (y) sentions transportés. Là achoppe l’entreprise : le récit, par ses limitations, trahit l’attrayant tissu visuel. Il offre de nombreuses pistes mais n’en explore aucune complètement, les personnages restent à l’état d’ébauche, les fils se perdent plutôt que de se resserrer. Alors, bien sûr, quand on a subi, la veille au soir, la logorrhée écœurante de nombrilisme d’Angélica Liddell (cette artiste qui vomit le système en n’existant que par lui), l’Institut Benjamenta apparaît comme une oasis rafraîchissante, mais l’on aimerait juste qu’il nous emporte tout à fait.

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

Prochaine émission : 18/05/2026

Offre de stage

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Olivier Lecomte

Le Ciel, la Nuit et la Pierre glorieuse

La Piccola Familia, compagnie de Thomas Jolly qui a réussi l’exploit, il y a deux ans, d’électriser le public pendant plus de dix-huit heures avec son « Henry VI », revient cette année célébrer le 70e anniversaire du Festival dans une création joyeuse et foutraque. Seize épisodes pour nous conter l’histoire du IN et
13 juillet 2016

Tiède enfer

Un Néron pédophile fils d’un hybride de Lady Mcbeth et d’Agrippine, une famille digne de Festen, un Iago en uniforme SS, le tout sur fond d’installation à la tête de l’Allemagne du Reich qui devait durer mille ans : l’argument, l’époque, les personnages et le titre même laissaient espérer que ce « Crépuscule
9 juillet 2016
Antoine et Cléopâtre

Alexandrie mon amour

Dix ans après son génial « Jules César », où l’on voit le jeune Marlon Brando se lancer avec une puissance phénoménale dans le véritable morceau de bravoure que constitue la harangue qui suit la mort de César, Mankiewicz revenait à Shakespeare avec un monumental « Cléopâtre ». Ce fut le film de tous
17 juillet 2015
Jamais assez

Encore !

Expérience intéressante que d’enchaîner coup sur coup, à trois heures d’intervalle, deux spectacles de danse, « Barbarians » de Hofesh Shechter, et « Jamais assez », de Fabrice Lambert. On aimerait pouvoir nuancer, mais les 1 750 signes généreusement accordés par la rédaction en chef n’y suffiraient pas. Alors disons que le premier est une grosse
15 juillet 2015

ShakesPyre et les figures du pouvoir

En 1957, Ernst Kantorowicz publiait « Les Deux Corps du roi. Essai sur la théologie politique au Moyen Âge », qui allait très vite devenir un classique de l’histoire médiévale. Analysant les monarchies française et britannique (notamment les Tudor) mais également le « Richard II » de Shakespeare, il y mettait en lumière la dualité
14 juillet 2015