15 septembre 2016

« C’est un peu comme tomber amoureux… »

Sheila Hicks
© Cristobal Zañartu

Entrer dans l’atelier de Sheila Hicks, c’est pénétrer un espace intime, entre une longue table en bois et un amoncellement de tissus, un lieu où flottent sérénité et créativité, où tout semble à portée de main. Pour son exposition « Apprentissages », présentée au Festival d’automne de septembre à décembre, l’artiste plasticienne interviendra dans trois lieux successifs : d’abord le musée Carnavalet, ensuite un ensemble de vitrines qui formeront une promenade urbaine dans la capitale, et pour finir l’atelier de décors du théâtre Nanterre-Amandiers.

Lorsqu’on demande à Sheila Hicks comment elle compte prendre possession de ces lieux, elle affirme ne pas désirer les bouleverser mais seulement y ajouter un peu de couleurs, de formes dans le but de changer la perception que l’on a de ces espaces. Modifier le chemin du spectateur, attraper son regard de passant et le surprendre dans ses habitudes. Elle regrette qu’aujourd’hui nous évoluions dans un monde monochrome où les couleurs sombres dominent : « Les rues, les façades, les vêtements, tout est triste. » La fibre textile peut apporter un peu de fantaisie, de joie, suspendre le temps. Ainsi, l’art appartient à tous. Tout est donné à qui veut, il suffit d’un regard. La plasticienne souhaite même que les gens puissent s’approprier son travail : que tout le monde cherche à toucher, effleurer, changer ce qu’il voit selon son instinct pour devenir soi-même artiste, si l’envie ou le besoin s’en font sentir.

Car dans le travail de Sheila Hicks, tout est affaire de ressenti. Quand elle travaille les fibres, il ne s’agit que de les faire respirer, leur donner du volume, de la profondeur à partir de ses sens et de ses impulsions. « Le textile est dialogue », dit-elle, comparant son travail à une conversation. On commence une idée et quelqu’un d’autre la complète. Le tissu doit vivre avec les personnes. C’est un échange. « Quand je tisse, je pense à l’Autre, celui qui regarde. C’est un partage, une connexion. Une impression qui passe de l’un à l’autre. J’essaie de provoquer un plaisir et un éveil chez le spectateur, créer une expérience commune. Ça peut même être un choc parfois. En fait, c’est un peu comme tomber amoureux… C’est imprévisible. C’est quelque chose que l’on vole l’espace d’un instant, une émotion, un sentiment. »

À travers « Apprentissages », Sheila Hicks propose un parcours initiatique à ciel ouvert : apprendre à être disponible, s’ouvrir à tout ce qui peut arriver.

BarthelemyFortier

BarthelemyFortier

Comédien, Paris
:-)

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