17 février 2016

Cherche Anent désespérément

Anent
Alessandro Pignocchi
BD ANENT Pignocchi
BD ANENT

J’ai lu « Les lances du crépuscule » quand, étudiante en anthropologie, je suivais avec fascination les recherches de Philippe Descola, concentrées alors sur l’ontologie des images. Ce récit d’un jeune couple de chercheurs en terre Achuar dans les années 70 a nourri mon imaginaire exotique et peuplé mes fantasmes de réalités plurielles accessibles par psychotrope. Pas étonnant, en y repensant, d’avoir senti lors du visionnage de la Palme d’or « Oncle Boonmee » de Weerasethakul un sentiment de bien-être presque domestique… Cette sensation familière je l’ai retrouvée avec « Anent » d’Alessandro Pignocchi qui revient en images et en dialogues (parfois très drôles) sur le périple de Descola et qui, par la magie du montage, le confronte au sien. Même terre, mêmes rencontres 40 ans plus tard, les souvenirs comme ciment de la relation nouvelle à créer. Il est alors question de christianisation et donc de syncrétisme, d’ouverture à la civilisation – qui semble toujours problématique à nos yeux occidentaux -, d’humain et de non-humain, mais c’est l’intelligence dans la construction du récit et les résonances des aquarelles et esquisses qui propulsent le lecteur de cette bande dessinée publiée chez Steinkis dans un espace-temps autant concret que spirituel. Comme l’image se pare de couleurs au fil de la traversée, je vous invite à plonger les yeux ouverts et l’esprit libre dans cette jungle où le mystère, même juste entrevu, du chamanisme invite à réinvestir nos croyances. (Curieux et pertinent échos à la nouvelle exposition du musée du Quai Branly : « Chamanes et divinités de l’équateur précolombien »)

Marie Sorbier

Marie Sorbier

Rédactrice en chef de I/O
Fondatrice du journal et Directrice de la publication
Critique et journaliste sur France Culture

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