28 février 2016

Dans la gueule de Flaubert

Le Gueuloir. Perles de correspondance
Gustave Flaubert

On connaît Flaubert pamphlétaire et pourfendeur de la bêtise de ses contemporains. Le Castor Astral offre ici une nouvelle occasion de découvrir l’étendue de cet esprit décapant, avec une anthologie de citations extraites de sa correspondance.

Couvrant une période allant de 1835 à la mort de Flaubert en 1880, les lettres, sélectionnées par Thierry Gillyboeuf, s’adressent principalement à sa maîtresse Louise Colet puis, à partir de 1867, à Georges Sand. On y retrouve aussi d’autres destinataires amis de l’écrivain comme Maxime du Camp, Ernest Feydeau ou Guy de Maupassant.

Dans « Le Gueuloir », joliment illustré par Daniel Maja, tout y passe : la critique de la critique et de la fausse érudition, qu’on perçoit déjà en 1837 (alors que Flaubert n’a que 15 ans !) : « c’est une triste chose que la critique, que l’étude, que de descendre au fond de la science pour n’y trouver que la vanité » ; la méfiance envers la démocratie et les masses (« Moi, j’ai la haine de la foule, du troupeau ») ; la haine des bourgeois qui est « le commencement de la vertu » ; et surtout des conseils en matière de littérature et de création en général : « Pour avoir du talent, il faut être convaincu qu’on en possède » ou encore « Il faut écrire pour soi, avant tout. C’est la seule chance de faire beau ».

Certes, l’ouvrage souffre inévitablement de la décontextualisation des extraits, et des limites propres aux correspondances d’écrivains, dont on sait qu’elles ne sont que le miroir imparfait de leurs pensées parfois fluctuantes et contradictoires. Toujours est-il que Flaubert avait un tel sens de la formule, et une telle vénération du lapidaire (comme en témoigne par ailleurs son incontournable « Dictionnaire des idées reçues »), qu’on ne saurait passer à côté du plaisir de les retrouver dans cette compilation jubilatoire.

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

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