30 novembre 2016

Danse et philosophie

Faits et gestes
Noé Soulier
(c) Chiara Valle Vallomini
(c) Chiara Valle Vallomini

Comme chez ses aînées Lucinda Childs ou Trisha Brown, le travail de Noé Soulier flirte avec les mathématiques dans « Faits et gestes ». Mais le jeune chorégraphe passé par l’étude de la philosophie ajoute à un système de règles rigoureux l’utilisation de l’improvisation. Dans un cadre constitué de phrases de mouvements écrites, les quatre danseurs (dont Noé Soulier lui-même) sont libres d’évoluer comme bon leur semble, d’interrompre une phrase, d’en répéter une autre ou encore de se caler sur un partenaire. C’est donc à un travail qui allie une précision remarquable à une grande liberté que le public du Centre national de la danse assiste, se rappelant une fois encore que la danse, classique comme contemporaine, n’est pas qu’un affreux carcan empêchant les artistes comme les spectateurs de s’épanouir.

La pièce chorégraphique présentée à Pantin creuse cependant un sillon plus cérébral que sensitif. En effet, Noé Soulier brouille les pistes afin que, si les gestes des danseurs soient souvent des gestes identifiables par le public comme des gestes du quotidien, leur but, lui, ne soit pas identifiable. Ainsi, c’est à un réel travail de décalage que se prêtent les interprètes de « Faits et gestes ». Il ne s’agit pas de susciter l’émotion mais de créer une réflexion sur le sens du mouvement et son élaboration. Inutile pour autant de s’effrayer du programme de Noé Soulier ou de le craindre inaccessible : il suffit d’attraper la main qu’il nous tend durant une heure pour se familiariser avec des concepts que ni lui ni nous n’avons fini de creuser.

Audrey Santacroce

Audrey Santacroce

Rédactrice culturelle.

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