26 septembre 2016

Faire court pour mieux rassembler

court_toujours_gen1webÀ son arrivée à la direction du Nest, en 2010, Jean Boillot a apporté dans ses cartons le festival Court Toujours (dédié, comme son nom l’indique, aux formes courtes), qu’il avait lui-même créé en 1999 à Poitiers. Il en a aujourd’hui fait le rendez-vous signature du lancement de saison de son CDN, qui a lieu désormais depuis sept ans à Thionville.

La raison d’être du festival Court Toujours est de faire se côtoyer des formes différentes et les publics qui vont avec. Dans les dernières éditions, on pouvait voir dans la programmation, aux côtés de compagnies locales et de spectacles jeune public, des figures proéminentes de la scène actuelle, comme Phia Ménard, Yoann Bourgeois ou Bérangère Vantusso. Et cette année, c’est ce même esprit qui a permis aux Thionvillois d’assister – entre, par exemple, des lectures d’un collectif d’auteurs lorrains et luxembourgeois (Le Gueuloir) et les bricolages de la compagnie nancéienne La Mâchoire 36 – à un spectacle de Christophe Rauck sur un texte de Rémi De Vos (« Toute ma vie j’ai fait des choses que je savais pas faire »), à un monologue de Pascal Rambert avec Arthur Nauzyciel (« De mes propres mains »), ou aux expérimentations marionnettiques de Renaud Herbin (« La Vie des formes » et « Milieu »). Et dans ce mélange de théâtre, de danse, de marionnettes et de cirque, ce sont des gens aux intérêts a priori différents qui donnent bon train à leur curiosité, prenant au hasard des billets pour tel ou tel spectacle, en espérant découvrir quelque chose de neuf. Et le fait de réussir à créer ce climat d’ouverture, à une époque où les clivages dans les publics des salles de spectacles semblent se creuser de plus en plus, constitue, sinon un exploit, au moins une petite victoire sur le cours du temps. Car le festival, cette année, s’est vu amputer d’un jour sous le poids des réductions budgétaires dont souffrent les lieux de la décentralisation. Mais si l’argent lui est soustrait, l’envie et le courage du Nord-Est Théâtre, eux, sont toujours bel et bien là.

Youssef Ghali

Youssef Ghali

Youssef Ghali est diplômé du Conservatoire de Nancy. Après être intervenu dans différentes structures culturelles du Grand Est où il animait des ateliers de discussion autour du spectacle vivant, il a collaboré avec plusieurs compagnies de la région Lorraine en tant qu'acteur ou auteur. Il est désormais salarié d'une institution culturelle.

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Youssef Ghali

Reprendre les bases

Le sous-titre de cet essai, « un impensé politique », annonce directement la problématique des 150 pages qui le composeront : comment, à une époque où la question de la visibilité des acteurs et actrices de couleur est de plus en plus posée, réapprendre à penser la dimension politique de
28 février 2020

Tremblements du passé

On connait assez peu Sonia Sanchez en France, et pour cause : ses textes n’avaient jamais été traduits jusqu’ici. Erreur réparée, désormais, par L’Arche, qui publie au moment opportun ce recueil de sept textes et trois essais publiés sur quatre décennies, entre 1968 et 2009. Quand les fondations d’une société
23 décembre 2019

Flot

Invité cette saison par le CCN Ballet de Lorraine pour une nouvelle création de répertoire, le suisse Thomas Hauert signe une pièce complexe pour 24 danseurs, inspirée par les valses de Prokofiev. Un foisonnement de mouvement qui laisse malheureusement trop souvent le spectateur au bord de la route. Travailler sur
2 décembre 2018

En eaux lisses

Pour son premier roman, Francis Tabouret – une des dernières signatures de Paul Otchakovsky-Laurens avant son décès – offre un récit à la première personne, directement tiré de son métier de convoyeur animalier. Une troublante expérience de la langueur. « Pourquoi n’y a-t-il pas de littérature des mers calmes ? » nous demande
4 août 2018

Plus grand que moi, solo anatomique

En sous-titrant son texte « Plus grand que moi » par « Solo anatomique », il est fort probable que Nathalie Fillion cherchait délibérément à aiguiser notre curiosité. Mais cette pirouette n’est heureusement pas qu’un artifice, puisque c’est bel et bien le corps qui est au centre de cette proposition théâtrale drôle et généreuse.
20 juillet 2018