26 septembre 2016

Festival international de théâtre de Pilsen

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À une heure de Prague, près de la frontière allemande, Pilsen n’est pas seulement le fief de la bière blonde et des usines Škoda. C’est aussi le siège, à la fin de l’été, d’un festival international de théâtre qui présente le meilleur des créations tchèques et centralo-européennes de la saison précédente. I/O était sur place pour sa 24e édition.

À peine débarqué de l’avion, direction le Nové Divadlo (« Nouveau Théâtre ») pour la cérémonie d’ouverture, suivie de « Mýceni » (« Des arbres à abattre », le chef-d’œuvre de Krystian Lupa que l’on avait déjà pu voir à Avignon en 2015). Comme une façon de démontrer le degré d’exigence de la programmation. Le directeur, Jan Burian, me confirme le lendemain autour d’un café en terrasse : « Alors que 95 % des festivals sont orientés vers le grand public, nous avons voulu créer un showcase d’abord destiné aux professionnels. »

Le centre du festival, juxtaposé au Nové Divadlo, ressemble fortement à celui du Kunstenfestivaldesarts de Bruxelles : même bâtiment moderne, ambiance décontractée et chaises longues en terrasse. Les spectacles sont disséminés dans une dizaine de lieux de la vieille ville, ainsi qu’au Depo, vaste hangar de banlieue réaménagé en scène en 2015, au moment où Pilsen était capitale européenne de la culture. La décision d’y créer un festival de théâtre contemporain n’est pas un hasard. Juste après la chute du Mur, il y a nécessité d’ouvrir les scènes tchèques à l’international, et la ville est le lieu idéal : libéré en 1944 par les Américains, et non par les Soviétiques, proche de l’aéroport de Prague, Pilsen a toujours été une ville riche et possède une vive tradition théâtrale depuis l’époque monarchique.

« Nous souffrons de la concurrence de plus en plus forte des autres festivals européens, et on ne peut rivaliser avec les plus importants d’entre eux. 50 % de nos financements proviennent de l’État, 30 % de la Ville et 8 % de la région. Ce qui reste, c’est de l’autofinancement et quelques partenaires privés, très peu nombreux », précise toutefois Jan Burian. Ce dernier insiste sur le fait que, contrairement à d’autres festivals, tous les spectacles programmés ont été vus en amont. Car des cinq heures du Lupa aux douze minutes d’un étonnant microspectacle pour un seul spectateur (« μSPUTNIK »), la quarantaine de propositions cette année offre un échantillon pertinent des meilleures scènes d’Europe de l’Est. Côté tchèque, on a ainsi pu voir l’excellent « Obsession », de Jan Mikulášek, le succès critique « The Hearing », d’Ivan Krejčí, le classique mais réussi « Uncle Vanya », du jeune Ivan Buraj ; mais aussi deux créations originales du duo SKUTR, dont « Foam of the Daze », adaptation de « L’Écume des jours », ainsi qu’un focus sur la marionnette (« Le Médecin malgré lui ») et notre coup de cœur, l’excellent jeune public « Bohemia Lies by the Sea », de Michaela Homolová.

Si Krystian Lupa y avait déjà été invité il y a vingt-deux ans, le festival veut particulièrement soutenir la nouvelle génération de metteurs en scène de ses voisins géographiques, à l’image de la performeuse slovaque Sláva Daubnerová et de son « Solo lamentoso », et surtout l’avant-garde de la création polonaise avec le « Hamlet » de Krzysztof Garbaczewski, téméraire déconstruction kitch et bruyante de Shakespeare à la sauce post-warlikowskienne. Autre moment fort, le percutant « Martyr » de Kirill Serebrennikov. Entre deux représentations, le centre-ville ne manque pas de terrasses où déguster un goulash version tchèque ou de parcs où siroter une Becherovka, cette année sous un soleil écrasant. Avec une programmation léchée, la majorité des pièces sous-titrées en anglais et une organisation impeccable, le Mezinárodní Festival Divadlo est un festival méconnu à découvrir absolument.

Festival international de théâtre de Pilsen, du 7 au 14 septembre 2016
www.festivaldivadlo.cz

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

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