6 mars 2016

Forum, Niveau 0

Work/Travail/Arbeid
Anne Teresa De Keersmaeker
Work / Travail / Arbeid au Centre Pompidou
DR

A Pompidou. Au Forum. Mais ici, pas de justice, non. Encore moins de religion. Alors oubliez. Oubliez Rome et détestez vos souvenirs : le Tibre est asséché, bienvenue à Châtelet. 14 millions de voyageurs par an, 5 lignes de métros, 14 de bus et 3 de RER.

Mais stop ! Stop au désespoir car il reste une chose : Vous. Vous et moi. Assis, debout, couché, à l’arrêt où en marche au milieu de cette salle grande comme le monde et vide comme nos peurs. Inhumaine. Dans le cargo organique du Centre Pompidou, la fin est proche et l’angoisse tapisse l’esprit de notre isolement communautaire quand déboule en courant l’être humain d’Anne Teresa De Keersmaeker. En enfant qui vole, il nous englobe et nous déçoit : il est l’archétype de ce que malheureusement nous sommes, mais aussi de ce qu’heureusement nous visons. Comme nous, ses yeux sont exorbités. Seul ou à plusieurs, il déambule, cherche une sortie, tombe par terre, s’enlace à Elle puis s’en va continuer sa recherche ailleurs. Là où l’autre n’est pas. Sans dire au revoir, dans un silence hurlant. Reste alors la musique pour finir le travail et nous emmener. Sur ce monstrueux Piano à queue noir qui tourne, sur ses touches : l’injonction à être et à continuer la recherche sans relâche. Sans relâche et jusqu’à la rupture, qui seule, à pu faire s’arrêter l’infatigable Gérard Grisey.

Alors enfin le silence. Fin de partie, il est 20h30 et des centaines de moutons en transhumance se dirigent vers la sortie. Dans le tumulte, certains s’arrêtent, attirés par la lumière de ces néons bleus sur lesquels s’affichent trois mots : « Forum, niveau 0 ». Sarcasme de l’architecte, penseur désespéré de nos vies qui croyait savoir que ce Forum ne serait que celui de l’exposition de nos solitudes blessées, sans que rien de ce qu’il s’y passerait ne puisse nous élever au-dessus du néant. Et bien non. Une fois de plus ils avaient tort ces penseurs ironiques : dans ce Forum, nous sommes ensemble au niveau 10 000, parce que oui, l’art transporte et nous transfigure.

Jean-Christophe Brianchon

Jean-Christophe Brianchon

Journaliste à France Culture, Grazia, Théâtre(s) Magazine.

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Jean-Christophe Brianchon

Nostalgie contemporaine

Imprégné par l’œuvre de la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum, Fouad Boussouf s’empare de son œuvre pour la marier à celle d’une autre figure du monde arabe, le poète Omar Khayyam. Et c’est la fin d’un cycle. Avec ce spectacle, le chorégraphe et danseur d’origine marocaine termine une trilogie qu’il débutait
26 février 2020

Le tableau d’une génération

Porté par son histoire et inspiré par une toile du Musée d’Orsay, le rappeur Abd al Malik amène à la scène le récit d’un jeune homme noir du 21e siècle. Attention, affiche ! Sur le plateau, c’est avant tout la rencontre de trois grands noms : le rappeur Abd al
26 février 2020

Ombre sensuelle

Créé en octobre 2019 à L’Echangeur CDCN des Hauts-de-France, « Beloved Shadows » est le deuxième solo de Nach. Une expérience qui nous invite à faire histoire du corps et des désirs qui l’accompagnent. Une première image, fascinante : un dos. Un dos et ses muscles, anguleux, mouvants, désirables. Du
24 février 2020

Encore un instant

Deux panneaux, un néon et de la fumée. Trois éléments au centre de ce dispositif de Philippe Saire, quatrième volet d’une série de pièces dans lesquelles le chorégraphe appelle au dialogue des arts visuels avec la danse. Deux panneaux disposés en oblique, prêts à se rejoindre, mais qui laissent entre
24 février 2020

Histoire de nos corps

Nos corps comme des livres. Des livres dont Aina Alegre nous fait la lecture, une heure durant. Sur le plateau : trois corps. Torses nus, habillés de pantalons noirs, ils vont se mouvoir et s’écrire progressivement dans les méandres d’une nature fantasmatique que la scénographie de James Brandily nous enjoint
24 février 2020