31 mars 2016

« Du futur, faisons table rase ! »

Radio Vinci Park
Théo Mercier

Radio Vinci Park

 

« THÉO MERCIER. Toc, toc, toc…

LE THÉÂÂÂTRE (Voix de Guillaume Gallienne). Qui est-ce ?

THÉO MERCIER. C’est moi !

LE THÉÂÂÂTRE. Plaît-il ??

VLAN ! CLING ! BAM !

THÉO MERCIER. Puis merde, fallait m’ouvrir, ça fait vingt ans que j’ te l’ dis ! Eh ouais mon pote, j’ m’en fous d’ ta porte blindée et d’ tes peurs de bourgeois. Je les démonte ! Alors oui, j’arrête de me cacher maintenant, c’est moi… L’Art, le Théâtre, la jeunesse et les envies ! C’est moi, le spectacle pas gentil !

LE THÉÂÂÂTRE. Kof, kof, kof…

THÉO MERCIER. Tu tousses ?? Bah ouais, va falloir s’y faire… Maintenant c’est mon essence contre tes fragrances ! »

Avec cet objet punk qui déboîte les âmes et fend les cœurs comme il en débarque tous les dix ans peut-être, voilà ce à quoi fait penser l’arrivée de Théo Mercier à la Ménagerie de verre. « Pas banal », dirait même Guillaume (Gallienne, NDLR). Ici, oubliez les dorures et le velours rouge : on est debout, dans un parking, ça pue l’essence et un travelo chanteur se trémousse autour d’une moto – allégorie de nos vies merdiques – pendant qu’une « Sonate en ut » jouée en live au clavecin résonne pleine balle dans nos oreilles. Vous voyez le tableau ? Bon. Et vous vous dites que c’est une énième performance débilitante de théâtre contemporain ? Ce n’est pas faux. Pas faux parce que la critique de « nos enfers » est un peu légère et que tous les traits de nos tristesses sont étirés à ce qu’il en reste de plus grossier, donc de moins vrai. Pas faux non plus parce que tout est pensé pour faire de cette pièce l’objet cradingue qui fera mouche dans toutes les bouches et sous toutes les plumes qui disent demain. Voilà. Ce n’est donc pas faux et à la fois totalement. Totalement parce que c’est souvent très beau et parce que sous le Chanel des voisines, ça pue vraiment dans ce parking. Mais surtout totalement faux parce que ce geste de Théo Mercier résonne comme la déclaration d’indépendance d’un illuminé du changement défoncé à l’espoir mélancolique. Et qu’on en a bien besoin.

Jean-Christophe Brianchon

Jean-Christophe Brianchon

Journaliste à France Culture, Grazia, Théâtre(s) Magazine.

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

FACEBOOK

Derniers articles de Jean-Christophe Brianchon

Nostalgie contemporaine

Imprégné par l’œuvre de la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum, Fouad Boussouf s’empare de son œuvre pour la marier à celle d’une autre figure du monde arabe, le poète Omar Khayyam. Et c’est la fin d’un cycle. Avec ce spectacle, le chorégraphe et danseur d’origine marocaine termine une trilogie qu’il débutait
26 février 2020

Le tableau d’une génération

Porté par son histoire et inspiré par une toile du Musée d’Orsay, le rappeur Abd al Malik amène à la scène le récit d’un jeune homme noir du 21e siècle. Attention, affiche ! Sur le plateau, c’est avant tout la rencontre de trois grands noms : le rappeur Abd al
26 février 2020

Ombre sensuelle

Créé en octobre 2019 à L’Echangeur CDCN des Hauts-de-France, « Beloved Shadows » est le deuxième solo de Nach. Une expérience qui nous invite à faire histoire du corps et des désirs qui l’accompagnent. Une première image, fascinante : un dos. Un dos et ses muscles, anguleux, mouvants, désirables. Du
24 février 2020

Encore un instant

Deux panneaux, un néon et de la fumée. Trois éléments au centre de ce dispositif de Philippe Saire, quatrième volet d’une série de pièces dans lesquelles le chorégraphe appelle au dialogue des arts visuels avec la danse. Deux panneaux disposés en oblique, prêts à se rejoindre, mais qui laissent entre
24 février 2020

Histoire de nos corps

Nos corps comme des livres. Des livres dont Aina Alegre nous fait la lecture, une heure durant. Sur le plateau : trois corps. Torses nus, habillés de pantalons noirs, ils vont se mouvoir et s’écrire progressivement dans les méandres d’une nature fantasmatique que la scénographie de James Brandily nous enjoint
24 février 2020