31 mars 2016

Et in Parkadia ego

Radio Vinci Park
Théo Mercier

Théo Mercier

Un parking, un néon jaune aux teintes orangées, un motard, immobile, le visage dissimulé, dans une combinaison aussi noire que sa machine. La « Sonate pour piano no 8 » de Mozart, dans une version au clavecin quelque peu grandiloquente, confère une épaisseur crépusculaire à cette image immobile. Un danseur au chromatisme solaire entre alors en scène pour parader autour de cet étrange tombeau, fasciné, tels les bergers d’Arcadie de Poussin. C’est une machine à fantasmes qui trône au milieu de cette salle, une machine à éveiller les mythes anciens et modernes, savants et populaires, et à les télescoper.

On y retrouve évidemment les poncifs de la performance chorégraphique contemporaine : en témoigne le kitch vestimentaire du danseur, habillé de blanc, cheveux blonds peroxydés, talons aiguilles aux brillances bas de gamme. Jusque-là rien de très étonnant si ce n’est la singularité du lieu, car la dimension chorégraphique ne surprendra guère tant elle est conforme à bien d’autres performances. Et pourtant, Théo Mercier parvient à échapper à cette routinisation lorsque à la fin du spectacle la moto, faucheuse des temps modernes, s’anime pour entamer sa danse macabre. L’image de l’angoisse qu’elle incarnait dans son immobilité se délite alors pour devenir l’angoisse elle-même, la belle et fascinante apparence de la mort se diluant ainsi dans les bruits infernaux des moteurs et les pénibles exhalaisons d’essence.

Reste une question : quelle est la nature de cette expérience de l’angoisse qui saisit le spectateur ? Pour rompre la routine, Théo Mercier choisit une option radicale mais contestable, commune à bien des démarches artistiques contemporaines : détruire la représentation pour produire de la sensation brute, comme on ferait un tour de grand huit, comme on prendrait une drogue, pure sensation qui n’advient que pour retourner immédiatement à sa nuit. De ce point de vue, cet angoissant motard est aussi une troublante et involontaire métaphore de la mort de l’art.

I/O n°118

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