18 novembre 2016

Jan Martens and « The Common People »

The Common People

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Du haut de ses trente-deux ans, le chorégraphe belge Jan Martens fait partie des valeurs sûres et à suivre de la danse contemporaine. Après les tournées de « The Dog Days Are Over », pièce créée en 2014, il a éprouvé le besoin de poursuivre sa recherche en mettant en jeu de nouveaux paramètres, dont celui du temps. Du temps pour lui. Du temps pour les amateurs qu’il sélectionne pour sa nouvelle proposition. Finalement, du temps pour se rencontrer, se poser et créer. C’est ainsi qu’est né son nouveau projet, iconoclaste dans son parcours, « The Common People ».

Jan Martens a un sens politique très développé et tente, à travers son art, d’affirmer ses choix, de prendre le contre-pied du quotidien où tout le monde court, où tout le monde s’ignore, où tout le monde, bien que hyperconnecté, n’échange plus, ne se parle plus et vit dans sa bulle. À partir de cette observation, Jan Martens a voulu créer les bases d’un phalanstère, « The Common People ». Pendant une dizaine de jours, à raison de trois fois trois heures, il réunit une quarantaine d’amateurs. Il les sépare en deux groupes de vingt. Avec l’aide de ses danseurs, il leur propose de les former. Il leur transmet les bases, les rudiments de gestes simples qui peuvent faire « une danse »… Une sorte de kit de survie où chacun peut, à tout moment, se parer de ces gestes, de ces signes pour communiquer, au-delà de la parole, avec l’autre.

Les amateurs sont donc mis en condition. Ils s’approchent. Ils se touchent. Ils s’effleurent les bras. Ils se caressent les pieds. Finalement, ils font connaissance. Ces moments sont une sorte de répétition générale de ce qui va advenir sur scène, après. La seule donnée qui change, c’est que le contact se fera de groupe à groupe, entre des membres qui ne se sont jamais croisés. Ainsi, ils sont quarante à avoir les mêmes codes, les mêmes acquis, et le jour J, lors de l’ouverture de l’atelier final au public, suivant un scénario donné au dernier moment aux interprètes en herbe, les rencontres vont advenir… De part et d’autre du plateau, les membres de la compagnie de Jan Martens vont chercher les danseurs. Ceux-ci savent ce qu’ils ont à faire sur scène à ce moment-là. Un grand OUI retentit, et les choses peuvent commencer.

Au préalable, les deux artistes de la compagnie nous ont expliqué la règle du jeu. On peut soit rester dans la salle, soit aller derrière la scène – où sont entreposés des objets visés par Jan Martens comme la cause principale de notre isolement, tels les téléphones portables, qui sont mis sur des socles et à notre disposition –, soit on peut sortir au bar. L’idée étant que l’on puisse rentrer et sortir pendant toute la durée de la performance… Chaque couple passant tour à tour, l’expérience peut durer trois heures. Selon les groupes, on assiste à des rencontres parfois touchantes. C’est l’accident et le hasard de ces contacts des corps qui sont intéressants. Ici, une petite femme rencontre un très gros homme. Là, un homme très jeune doit porter une femme très âgée… Tout le travail consiste à utiliser les codes appris et à faire preuve d’audace pour assurer qui un porté, qui le contact avec l’autre… Si le vocabulaire est basique, les propositions un peu laborieuses dans leur composition, le projet revêt une dimension politique et humaine indéniable… et laisse jaillir de beaux moments qui peuvent servir dans l’avenir pour une future pièce, qui sait !

I/O n°118

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