11 juillet 2016

Julio Provencio : « Le plus grand défi, ce sont les animaux »

¿Qué haré yo con esta espada?
QUE HARE YO CON ESTA ESPADA - QUE FERAI JE MOI DE CETTE EPEE ? ( Approche de la loi et du probleme de la beaute ) - Texte, mise en scène, scénographie et costumes : Angélica LIDDELL - Lumière : Carlos MARQUERIE - Son : Antonio NAVARRO - Avec Victoria AIME - Louise ARCANGIOLI - Paola CABELLO SCOENMAKERS - Sarah CABELLO SCOENMAKERS - Lola CORDON - Marie DELGADO TRUJILLO - Greta GARCIA - Masanori KIKUZAWA - Angélica LIDDELL - Gumersindo PUCHE - Estíbaliz RACIONERO BALSERA - Ichiro SUGAE - Kazan TACHIMOTO - Irie TAIRA - Lucía YENES et la participation de figurants - Dans le cadre du 70eme Festival d'Avignon - Lieu : Cloître des Carmes - Ville : Avignon - Le : 06 07 16 - Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE
(c) Christophe RAYNAUD DE LAGE

Nous retrouvons Julio Provencio, régisseur plateau d’Angélica Liddell, au cloître des Carmes. Nous nous asseyons à l’ombre, au bord de la scène bleutée, écrasée par le soleil de midi.

Travailler avec Liddell, cela semble être un sacré défi technique…
« J’ai eu la chance de rencontrer Angélica à l’occasion d’un travail pour la Biennale de Venise. Ça fait maintenant deux ans que je collabore avec elle, j’ai commencé avec “You Are My Destiny (Lo stupro di Lucrezia)”, et en effet c’est un challenge à chaque spectacle ! Mais elle est très à l’écoute, consciente des enjeux techniques, et elle cherche toujours à nous aider. Le plus grand défi, ce sont les animaux. On a beau tout vouloir paramétrer, il y a une part incontrôlable, qui nous échappe forcément. »

Comme cette anguille qui s’est « suicidée » lors de la représentation du 7 juillet ?
« Ha, ha ! Elle est toujours vivante, heureusement on est arrivés à temps pour la sauver ! Dans toutes les répétitions, cela n’est arrivé qu’une seule fois qu’une anguille saute de son bocal, et évidemment il a fallu que cela survienne lors de la première à Avignon ! Mais comme ça correspondait à un passage assez fort de la performance, ça a donné finalement quelque chose d’émouvant, qui s’intégrait bien à l’ensemble ! »

Certains spectateurs se sont demandé si tous les poulpes étaient des vrais.
« Oui, il n’y a que de vrais animaux. Il faut savoir que le poulpe porté comme un masque pèse 6 kilos ! C’est extrêmement difficile à manipuler et très exigeant pour le comédien japonais. Il y a chez Angélica un souci d’authenticité, bien sûr, et en même temps tout est contrôlé de façon minutieuse. Nous apportons une grande vigilance à chaque séquence, même dans les moments où on dirait de l’improvisation. Le moindre détail suit un protocole minutieux, d’autant plus quand il y a un risque. Pour la séquence du cercle de feu, par exemple, toute l’équipe est très vigilante à la sécurité des comédiens, et il y a toujours un pompier en coulisses. »

Quelle était votre plus grande crainte pour ce spectacle-ci ?
« Le travail de régie est assez lourd en responsabilités, mais une fois que le spectacle commence, c’est comme s’il y avait un passage de relais aux comédiens. J’essaie de les accompagner, et mon principal souci, c’est d’abord que tout se passe bien pour eux. Il y a moins d’enjeux que pour “Primera carta a los Corintios”, où nous étions très tendus dans la séquence de chute du madrier, ou pour la prise de sang, pour laquelle il a fallu notamment gérer le stress de l’infirmier… Ici, la difficulté tient plutôt à la longueur du spectacle. »

La gestion des entractes était complexe ?
« Oui, ce sont les moments les plus speed pour l’équipe technique. Il y a énormément de changements sur scène, de décor, de maquillage, de micro… Et puis les loges au Cloître sont assez petites, il faut gérer l’espace, ce n’est pas toujours facile, on passe son temps à dire “Pardon, pardon !”. Il y a seulement deux douches et tous les comédiens n’ont pas le temps d’en prendre entre les scènes. Et beaucoup de monde dans un espace exigu, ça peut m’obliger à demander le silence ou à jouer un rôle un peu désagréable, car le temps est précieux ! »

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

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