31 mars 2016

Kate Moran et les hipsters dépressifs

Contrechamp / Champ
Jean-Jacques Schuhl | Bertrand Bonello | Rebecca Zlotowski
(c) Sébastien Haddouk
(c) Sébastien Haddouk

Prenez une actrice slash danseuse slash mannequin slash égérie-tendance, qui collabore avec Bob Wilson, Jan Fabre, Christophe Honoré ou Philip Glass ; ajoutez-y une jeune scénariste en pleine envolée médiatique et un réalisateur ultra hype ; saupoudrez d’un texte expérimental culte des années 1970 : le quatuor Kate Moran + Rebecca Zlotowski + Bertrand Bonello + Jean-Jacques Schuhl, c’est une sorte de climax de la boboïtude, un projet qui aurait pu être monté au Baron il y a dix ans sous l’œil adoratif d’un Beigbeder sous MDMA sirotant un cocktail à 18 euros.

Soyons juste : il y a de la poésie, du charme dans cette grande fille blonde qui délivre, avec un accent janebirkinien parfois incompréhensible, les fragments obscurs et occasionnellement fulgurants de cet archétype du récit cut-up à la française qu’est « Rose poussière », de Schuhl. Le spectacle avait d’ailleurs été plutôt gaiement reçu l’année dernière dans les « Sujets à vif » d’Avignon.

C’est qu’il y a dans cette proposition une envie de dire le fragment, le brouillon, l’inachevé d’une histoire d’amour. D’établir, aussi, un pont entre le théâtre et le cinéma en intégrant la matière de supposés rushes dans une composition intimiste et musicale.

Mais quelle superficialité désespérante, cette tentative de consolation amoureuse pour hipsters névrosés, sur fond de piano gentillet ! Quel ennui, cette séance de déhanchés d’une fille alternativement en tailleur et seins nus sans que l’on sache trop pourquoi elle passe de l’un à l’autre ! On lui conseillerait bien de se remettre à la méditation transcendantale plutôt que de continuer à gesticuler gracieusement sur une scène. « Vous avez remarqué comme les gens qui pensent être importants ils gardent tout ? Moi, non. Je m’en fous. Je veux bien tout effacer. » Nul doute que ce monologue s’effacera tout entier dans l’oubli.

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

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