15 septembre 2016

L’art et la palette

Apprentissages
Sheila Hicks | Clément Dirié | Valérie Guillaume
(c) Cristobal Zanartu
(c) Cristobal Zanartu

Jonas Mekas a confié à plusieurs reprises qu’il concevait ses films comme des installations d’art contemporain à projeter dans des galeries : on passe, on reste cinq minutes ou une heure, on s’en va, on revient plus tard admirer les variations infinitésimales du temps qui coule fixées par sa Bolex. C’est exactement ce qu’il faudrait faire avec l’installation de Sheila Hicks dans les jardins du musée Carnavalet : passer, partir, revenir. Tout a changé et rien n’a changé. Car ici aussi il est question de variations infinitésimales, de la couleur, cette fois. Ou plutôt des couleurs, ces couleurs vives presque primaires chères à Sheila Hicks qui rappellent aussi bien l’enfance que certaines œuvres d’Annette Messager. Au fil des heures, la lumière changeante fait évoluer subtilement la couleur des tentures installées dans la cour des Marchands-Drapiers telles des voiles de bateau hissées pour partir à l’aventure, jeu enfantin où l’on construisait voiliers et cabanes en tendant des draps entre des chaises.

La couleur, c’est aussi ce qui frappe dans le jardin, où les couleurs vives dialoguent avec le vert des plantes. L’horizontalité de l’installation inaugurale le dispute à la verticalité de l’installation finale, cascade de laine dégringolant tout en majesté d’un balcon. Horizontalité et verticalité, donc, mais aussi et surtout sensibilité. L’œuvre de Sheila Hicks se ressent plus qu’elle ne s’intellectualise, s’appréhendant avec l’œil neuf d’un enfant qui découvre une palette de couleurs.

Audrey Santacroce

Audrey Santacroce

Rédactrice culturelle.

I/O n°118

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