26 janvier 2016

Le remède dans le mal

La Maladie de la Jeunesse
Ferdinand Bruckner | Philippe Baronnet
©Olivier Allar
©Olivier Allar

L’espace intime de la chambre de Marie. Une fête, l’ivresse, l’euphorie, la sensualité et le jeu. Les étudiants se collent sur le dos les uns les autres des noms de maladie et tentent de les faire deviner. Quand ils se trompent, ils boivent ou se déshabillent. La jeunesse rit. Ephémère, nous sommes tous tragiquement épris d’elle. Ces étudiants, pour la plupart en médecine, maîtrisent la gymnastique de la pensée, connaissent toutes les pathologies, leurs symptômes et leurs antidotes. Pourtant, pris dans l’étau du vide social et moral de l’Autriche des années 20, face à un avenir défaillant, ils ne trouvent pas l’antidote à leurs propres maux. La jeunesse elle-même est une maladie et le diagnostic est lourd : cynisme, idéaux et tendance au néant.

La scène opte très vite pour une lumière plus pesante et des pensées plus sombres. On parle de la mort, du suicide comme un défi à relever, comme une fatalité ou bien comme une délivrance. L’amour détruit, il est égoïste et n’apaise pas. Les mots que l’on se dit sont des vérités empoisonnées que l’on se crache à la gueule. Marie couvre Petrell d’un amour maternel, mais lui aime Irène. Désirée s’est lassée de Feder et tente de gagner le cœur de Marie tandis que Feder s’amuse de Lucie, la bonne, en attendant de pouvoir corrompre Marie. Le cynique pervertit l’idéaliste, le réaliste désillusionne le rêveur. Et quand chacun comprend que la jeunesse ne peut être éternelle, l’angoisse les saisit. Certains, comme Feder éternel étudiant, refusent cette évidence ou d’autres, comme Désirée, décident de mourir. La jeunesse se surpasse ou tue : « il faut s’embourgeoiser ou mourir ».

C’est un drame psychologique et social, quasi documentaire qui ne tombe par pour autant dans du sentimentalisme d’adolescents en crise existentielle. Au contraire, l’authenticité du texte de Bruckner est valorisé par la qualité de jeunes acteurs généreux sur scène et justes dans leur jeu. Marion Trémontels dans le rôle de Marie maîtrise parfaitement son personnage dont la déchéance morale symbolise parfaitement les aléas mortifères de la jeunesse de cette époque. La mise en scène, presque uniquement fonctionnelle, nous plonge doucement dans une fiction qui nous paraît pourtant tristement bien réelle et actuelle. La dernière scène surprend cependant. Les comédiens dressent une table, se prêtent à des conversations légères et se disputent pour une cuisse de poulet. Des sourires se substituent aux animosités : les personnages de Bruckner ont disparu. Alors, étrangement, tout ce que nous venons de voir, brusquement, ne semble plus qu’avoir été un inquiétant cauchemar et l’espoir peut renaître.

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