19 juillet 2016

L’histoire sacrifiée

Fatmeh
Ali Chahrour
Fatmeh - Ali Chahrour - © Jad Safar
Fatmeh – Ali Chahrour – © Jad Safar

Tout commence par la fin. À la lueur de ce soleil qui ne cesse de se coucher. Une fin à laquelle rien ne subsiste en dehors du bruit des coups que nous nous portons. À cause du poids de l’histoire, du souvenir des autres et par haine de soi. Alors, c’est bien ici de la confusion des âmes et des temps qu’il est question. Oui, l’hier sacré et l’aujourd’hui sacrifié, la tristesse de nos morts et les joies d’être là, c’est tout cela qui se rencontre dans la danse de ces deux performeuses d’un jour, vidéaste et actrice dans la vie. C’est tout cela, et bien plus encore. Bien plus, parce que « Fatmeh », c’est aussi la rencontre entre le séculaire et le mystique, l’infidélité et la croyance ; c’est ça parce que, finalement, ce n’est rien d’autre que cette image sublime du bruit des flagellations de l’Achoura dans un ancien cloître catholique du xve siècle, là même où la tombe du cardinal Pierre de Luxembourg fut érigée un siècle plus tôt. Alors voilà, on pleure. On pleure et on glisse, du fleuve dramatique de l’absence vers les rives de l’impénétrable tristesse qu’elle procure, jusqu’au bonheur de la possibilité. Celle de se retrouver et d’embrasser l’être aimé. Parce qu’il ne faut pas oublier que tout est possible. C’est bien ce que nous démontre la clôture de ce spectacle, qui, après avoir commencé par la fin de l’histoire, termine sur son commencement. Et au commencement, devant ces danseuses était une chose : l’horizon lumineux qui longe les murs de ce cloître, lequel ne renferme rien d’autre que des espérances divines qui, elles, ne sont pas encore mortes.

Jean-Christophe Brianchon

Jean-Christophe Brianchon

Journaliste à France Culture, Grazia, Théâtre(s) Magazine.

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