7 juillet 2016

Madame est servie

Madame Bovary
Paul Emond | Sandrine Molaro
DR
DR

Le lecteur attentif de Madame Bovary se sera souvenu du personnage de l’aveugle, lequel passe au-dessous de la chambre de la suppliciée, au moment de sa mort, chantant une berceuse macabre dont les premiers mots sont les suivants : « Souvent la chaleur d’un beau jour / Fait rêver fillette à l’amour. » L’adaptation de Paul Emond semble donner quatre voix à celle tragique de cet homme venu sonner le tocsin ; quatre acteurs, accompagnés d’un accordéon et de guitares, qui deviennent les saltimbanques narrant l’histoire folle de celle qui crut les livres.

La grande réussite de ce spectacle qui pourrait facilement virer au grand guignol, en raison de la densification de l’intrigue et de la concaténation des parties du roman, tient dans l’apparente simplicité de la trame narrative, d’une efficacité redoutable. Le trajet de la vie à la mort est chose facile à raconter pour ces fous du roi. Le dispositif y est pour beaucoup, malicieux il joue pleinement de la frontalité de la scène théâtrale, aucune échappatoire n’est possible, avec en toile de fond un écran qui met en place un décor où les oiseaux noirs sont encore de mauvais augure. La scène est petite comme celle d’une roulotte, la vision du spectateur est saturée, tout dit ou montre l’irrémédiable et souligne l’hybris du personnage de Madame Bovary, qui n’a pas l’intelligence d’une Phèdre, admirablement servie par la débonnaire Sandrine Molaro.

En définitive, une pantomime haletante mais qui souffre parfois – mais rarement – de sa très grande simplicité, Charles un peu benêt y est attendrissant mais agace à la longue, au risque de tomber par moments dans un grotesque mal achalandé. Fable poignante qui fait naître de l’empathie pour la seule femme sur le plateau, l’adaptation incarne autrement le « mythe Bovary », même si l’ironie est la grande absente de cette adaptation.

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

FACEBOOK

Derniers articles de Timothée Gaydon

Perf act day

Perf Act Day : jour audacieux

Au milieu du paysage dansé de la rentrée, il est tâche peu aisée de s’y retrouver parmi les nombreuses silhouettes qui cherchent à ravir les spectateurs affamés, avides de perles chorégraphiques, de gestes brûlants qui blessent autant qu’ils revigorent l’âme fatiguée, de rires et de leurs nuances succulentes. Thomas Lebrun,
18 octobre 2019

Le monde en rotonde

Un boa en tissu dessine au sol une grande spirale sur laquelle les spectateurs sont invités à s’asseoir. Ce premier temps de la représentation qui dispose danseurs – professionnels et amateurs – et contemplateurs, sur le même plan, ou sur la même trace devrait-on dire, nous accueille dès lors dans un monde
4 juin 2019
La figure de l'érosion

Face à la dureté de la durée

Pour la 5e édition des “Monuments en mouvement”, le Panthéon accueille entre ses bras piliers et sous le front de son dôme les danseurs de Nathalie Pernette venus danser la statuaire du lieu. Programme in situ, l’oeuvre a pour ambition de dialoguer avec l’histoire proprement pétrifiante d‘un endroit qu’on ne présente pas.  La majesté
14 mai 2019

Sans langue, pas de logos

« Lenga », premier volet d’un cycle intitulé “La Guerre des Natures”, est né dans le souci, la préoccupation, l’interrogation, roulé entre ces sentiments proprement émouvants puisqu’ils nous agissent. A l’heure de l’”Anthropocène”, l’homme aurait un rendez-vous des plus tragiques, il serait invité à contempler le tarissement d’une richesse bio-linguistique mondiale, c’est-à-dire
15 avril 2019

Amorcer

Frères d’arts, faits tragiquement frères d’armes lors de la Première Guerre mondiale, Macke et Marc ont en partage une trajectoire historique fascinante. Empreintes des mouvements d’avant-garde, les toiles des deux peintres sont des isthmes où viennent se mêler des courants fondateurs de l’histoire de l’art. Récipiendaire du génie de Cézanne,
24 mars 2019