15 août 2016

Trois fois Natalia Osipova

Natalia Osipova and guests
Arthur Pita | Russell Maliphant | Sidi Larbi Cherkaoui
(c) Alastair Muir
(c) Alastair Muir

Trois volets dédiés à la danseuse russe Natalia Osipova, par trois chorégraphes ayant le vent en poupe : Arthur Pita, Sidi Larbi Cherkaoui et Russell Maliphant. Un projet qui démontre l’incroyable amplitude du talent de l’ancienne danseuse étoile du Bolchoï, aujourd’hui membre du Royal Ballet de Londres. 

Le premier tableau, « Run Mary Run », est le plus original, par son traitement narratif : la reconstitution, fantasmatique, de l’histoire d’amour tragique entre Amy Whinehouse et Blake Fielder-Civil ; une love story trash, pleine de drogues et de désillusions, mais aussi de moments hors de l’espace-temps, représentés par un storytelling à mi-chemin entre les fifties de Nicholas Ray et les sixties des Shangri-Las… Ici est convoquée une danse d’attraction-répulsion, organique, brute, dans laquelle exulte la beauté sauvage et jamesdeanienne de Sergei Polunin.

Plus poétique, la chorégraphie de Cherkaoui décline le désir autour d’un triolisme ambigu, et repose sur une danse-contact aux frontières de la méditation soufi. Sur fond d’éclipses solaires qui propulsent les trajectoires des protagonistes, et d’un fond musical oriental (Yarkin et MONO/World’s End Girlfriend), « Qutb » est une oeuvre abstraite dont la signification est contenue dans son titre : « L’axe » ou « le pivot », celui qu’on imagine s’établissant, grâce au correct alignement entre corps et esprit, avec le monde spirituel.

Enfin le dernier volet, « Silent Echo », est le plus sobre, le plus froid, mais aussi celui qui contient les mouvements les plus techniques des trois. Un retour aux sources classiques de la danse d’Osipova : le chorégraphe britannique lui offre des enchaînements époustouflants (dont une série de pirouettes digne des 32 fouettés du « Lac des Cygnes » !). Un pas de deux sur musique minimaliste qui conclut harmonieusement la trilogie et prouve une fois de plus, par la complexité physique et mentale qu’implique le passage d’une séquence à l’autre, l’immense versatilité de Natalia Osipova, étoile nimbée d’une énergie électrisante et envoûtante.

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

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