28 août 2016

Les « Noches de verano » à la Pedrera

Noches de verano à la Pedrera
DR
Michael Kanan & Jordi Rossy / DR

Comme chaque été, à l’heure bleutée du crépuscule, sur la terrasse de la Pedrera de Barcelone résonne le groove de l’un des groupes invités pour les « Noches de verano ». Samedi 20 août, ce furent les douces réminiscences de l’âge d’or du jazz portées par le Michael Kanan et Jordi Rossy Quartet.

Emblème architectural de Gaudí à Barcelone, la Casa Milà connut comme le reste de l’oeuvre de l’architecte catalan une controverse fameuse, de par sa modernité excentrique. Ce fut ainsi que cet incroyable hôtel particulier, achevé en 1910, fut surnommé peu affectueusement « La Pedrera » (« La Carrière »). C’est sur le toit, entre les cheminées de pierre semblables à des masques, qu’une petite scène est montée chaque week-end de mi-juin à mi-septembre, pour 1h de concert couplé à une visite du dernier étage-musée du bâtiment.

Ce soir-là, c’est à du jazz très classique que nous sommes conviés, avec un hommage de Kanan et Rossy au grand compositeur américain Harold Arlen (auteur, entre autres, dans les années 30, de « Stormy Weather » et « Over the rainbow »). Ici, pas d’esbrouffe ni de chichi néo-bebopien. Un jeu simple et sobre, tout en douceur tranquille, auquel nous avait déjà habitué le pianiste Michael Kanan comme arrangeur et accompagnateur de Jane Monheit. Au vibraphone, le polymorphe Jordi Rossy (qui a longtemps été batteur pour Brad Mehldau, excusez du peu) a préféré les séries de petits riffs aux grandes arabesques auxquelles convie parfois son instrument. Côté section rythmique, deux vieux solides briscards américains de près de quatre-vingt balais, Putter Smith et Jimmy Wormworth, confortent une atmosphère moelleuse qui sied particulièrement à l’incroyable lieu où se déroule le concert. Mention spéciale à « Let’s fall in love » et « That old black magic », tout en dentelles.

Une semaine plus tard, retour sur la terrasse de pierre pour le Marc Ferrer Trio. Une session nettement plus bluesy, portée essentiellement par le guest Gianni Gagliardi : le saxophoniste de 29 ans, né à Barcelone mais vivant à New York, apporte un son suave et élégant, tout en finesse, pour une alternance de standards upbeat à trois accords et de balades issues de l’album « 3 Coffees » (Marccato Edicions). Alors évidemment, dans un concert comme dans l’autre, on ne trouvera pas ici de morceau de bravoure, pas de prise de risque ni de créativité débordante, mais un solide cocktail jazz parfait pour déguster son verre de cava tout en contemplant la vue magique des toits de Barcelone.

Noches de verano, du 17 juin au 10 septembre 2016, organisées par la Fundación Catalunya-La Pedrera, Barcelone.

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

Prochaine émission : 06/07/2026

Offre de stage

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Mathias Daval

Alcid aminé

Dans la longue histoire de la consanguinité entre mythes antiques et théâtre, tout semble avoir été exploré, du vertige narratif du récit épique à l’ontologie du désespoir du drame psychique. Et puis il y a, comme « Herkül » de Cyril Balny, des tentatives formelles, bancales mais audacieuses, de reconstruire un imaginaire
8 novembre 2025

Spiel ou face

Du 23 au 26 octobre 2025, le centre d’exposition de Messe Essen, près de Cologne, s’est comme chaque année transformé en espace-temps entièrement dédié aux jeux de société. Un microcosme aussi bariolé qu’ultra-commercial. Avec près de 80 000 mètres carrés et 1 000 exposants de 55 pays réunis pendant quatre
3 novembre 2025

Jouer est politique

« Ce livre n’est pas une publication universitaire. C’est un appel à se réapproprier le jeu de société avec responsabilité, en pleine conscience de son impact et de son potentiel ». Force est de constater que le jeu de société n’a pas encore atteint sa phase de maturité comme objet
30 octobre 2025

This is an experience

« Le Périmètre de Denver », précédente création de Vimala Pons, nous avait laissé avec une sensation d’esquive de toute herméneutique de surplomb, de toute tentative de figer un sens définitif, au profit d’une forme poétique et polysémique. « Honda Romance » suit le même sillon, avec un résultat scénique à la fois plus
19 octobre 2025

Vue du pont

Puisque ce sont les mots qui importent, comment parler de Sirāt, le road movie électro et sous ecsta dans le désert marocain d’Oliver Laxe si ce n’est en disant quelque chose du mot arabe sirāt, qui signifie le chemin, la voie, la route, et à vrai dire pas n’importe quelle
16 octobre 2025