21 octobre 2016

Parole d’affamée de sang-s

Talents Adami Paroles d’acteurs / Amours et Solitudes
d'après Arthur Schnitzler | Frank Vercruyssen | TG Stan
© Stephan Vanfleteren
© Stephan Vanfleteren

« Amours et solitudes » commence pour le public par entrer dans une salle sans scène ; il faut s’asseoir à table, au milieu des autres spectateurs qu’on ne connaît pas. La table est dressée au fur et à mesure que nous entrons, et les acteurs racontent les dernières mésaventures de Fritz. Notre solitude de spectateur se trouve augmentée. Je n’ai nullement envie de manger à côté d’inconnus alors que je suis venue voir un spectacle. Avec un grand effort de concentration, je parviens à fixer mon attention sur ce qui se dit, une fois dépassé le bruit des assiettes et des verres qui sont distribués. Les couples se forment, se disent, Schnitzler prend la parole. Et voici Anatole, Christine, Alfred et Marie. Lorsque les plats sont posés sur les tables, une certaine frange de public se jette sur les sardines et morceaux de fromage. La baguette est probablement devenue si rare qu’on se l’arrache. Cela fait diversion et on tend encore l’oreille pour essayer d’entendre et de suivre. Ma voisine se plaint d’avoir déjà dîné. Certains comédiens sont dans un naturel tel que l’on ne sait pas s’ils jouent ou pas, c’est très réussi. Malheureusement, ce n’est pas le cas de toute la distribution, et la convention reprend ses droits. Nous sommes au théâtre, et cette expérience qui tente de nous faire croire que le théâtre n’est que de la vie quotidienne échoue. De ce décalage naît une certaine étrangeté. Si certaines scènes sont bouleversantes, on regrette que ces paroles d’acteurs n’assument pas de bout en bout la vie d’un personnage, même à plusieurs voix. Parfois, dans une fulgurance, Schnitzler s’entend, haut et clair. Parfois, nous retombons dans un simulacre, je suis assise avec des inconnus pour manger du gâteau Savane. Cette expérience a le mérite de nous interroger sur ce que nous venons chercher au théâtre. Vient-on y dîner ? Vient-on se rappeler l’artificiel des banquets de village ? Vient-on assouvir son besoin de vide, si répandu en notre époque ?

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