14 novembre 2016

Portrait des désaxés

The Misfits
Mattias Andersson
(c) Ola Kjelbye
(c) Ola Kjelbye

Première française de la création de Mattias Andersson, « The Misfits » surfe sur la vague du théâtre documentaire. Au sein du Backa Teater de Göteborg, le metteur en scène suédois, son directeur artistique, a voulu explorer l’inadaptation sociale dans une proposition exubérante et un peu fourre-tout.

En bon projet post-dramatique, le spectacle commence par s’expliquer lui-même, diapositives en renfort. Les « misfits », ce sont les exilés, les rejetés, ceux que la société ignore ou méprise, souvent jeunes, issus de l’immigration ou de classes sociales défavorisées. Comment leur donner la parole sans tomber dans le pathos ? Andersson s’est appuyé sur les travaux de sociologues et sur des dizaines de témoignages, qu’il retranscrit ici sur scène en une série de courtes saynètes. A ces reconstructions biographiques alterne l’évocation de l’histoire du Backa Teater lui-même, fondé à la fin des années 1970 par des militants d’un théâtre de gauche radical, enclins à y voir la prolongation de leur combat politique.

Le plateau est encadré par d’immenses palissades de tôle ondulée, symbole un peu démonstratif de l’enfermement, mais qui agit comme la caisse de résonance métallique d’une jeunesse ayant le besoin irrépressible d’exprimer son désarroi. Les quinze comédiens, inégaux mais jamais en roue libre, offrent quelques belles séquences d’émotion et d’humour (masques d’axolotl à l’appui !), déjouant préjugés et lieux communs. Un climax avec la représentation, par d’intenses boucles chorégraphiques, des expressions et des mouvements issus de l’imagerie photographique des différentes figures de « misfits ». Et Kerouac en fil rouge : “Here’s to the crazy ones.  The rebels. The troublemakers. You can quote them, disagree with them, glorify or vilify them. About the only thing you can’t do is ignore them. Because they change things. »

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

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